Ligues féminines de football et impacts du covid-19

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Le 17 avril, la FIFPRO alertait en publiant un rapport mettant en évidence que le football féminin pourrait faire face à une « une menace existentielle » au lendemain de la pandémie. Il est vrai qu’alors qu’on s’inquiète du sort de championnats majeurs comme la Premier League ou La Liga, peu de voix s’élèvent pour défendre le football féminin qui a pourtant, lui aussi, besoin de ses revenus marketing et de billetterie pour survivre dans ce contexte.

Ce rapport soulignait qu’à défaut de prioriser la reprise des ligues comme dans le football masculin, ce sont davantage les rencontres internationales qui étaient à favoriser pour le football féminin. En effet, la majorité des joueuses sont dépendantes des compensations financières et des paiements de services fournis pas leur fédération. De plus, le report des Jeux Olympiques en 2021 et de l’Euro féminin en 2022 ne permettra pas à la discipline de rebondir sur le succès qu’a été la dernière Coupe du Monde en termes de visibilité. Aujourd’hui, le football féminin a besoin de ces fenêtres internationales pour maximiser son exposition et convertir le public en consommateur régulier. Malgré une fréquentation des stades en hausse lors des grands événements avec une moyenne de 21 756 spectateurs par match lors de la Coupe du Monde 2019, moins de 1000 spectateurs en moyenne assistent à une rencontre de championnat dans la plupart des ligues sauf aux Etats-Unis. Lors de la saison 2018-2019, on comptait en moyenne 920 spectateurs par match en D1 en France (vs 608 en 2017-2018), 833 en Frauen-Bundesliga, 1010 en FA Women’s Super League et 7 337 en NWSL, le championnat américain.

L’autre particularité soulignée par ce rapport est que de nombreuses joueuses n’ont pas de statut professionnel, seulement 18% selon les critères FIFA en 2017, et elles ne peuvent, par exemple, pas adhérer à un syndicat. Ainsi, ces joueuses ne sont pas protégées contre la perte de salaire ni soutenues dans les conflits du travail avec les clubs. Le risque à long terme est que des clubs cassent des contrats existants, 47% des joueuses n’avaient pas de contrat en 2017, et que des joueuses se retrouvent complètement au chômage. Cette crise met en évidence le manque de professionnalisation et de cadre légal que subit la discipline et c’est ainsi que Jonas Baer-Hoffman, secrétaire général de la FIFPRO espère « construire une base plus solide pour l’avenir ».

En attendant d’avoir davantage de visibilité sur les potentielles futures rencontres internationales si importantes pour la santé de la discipline, tour d’horizon de la situation dans plusieurs ligues féminines européennes.

D1 Arkema : arrêt le 28 avril

En France, le championnat de France féminin est régi par la Fédération Française de Football. Quand cette dernière a annoncé l’arrêt de ses compétitions allant du district au national 2 le 16 avril dernier, elle laissait encore en suspens sa décision pour la première division féminine. Quelques jours plus tard, le 28 avril, le comité exécutif de la fédération prenait acte de « l’impossibilité d’organiser des matches et de reprendre les championnats de la saison 2019-2020 en cours » suite à l’annonce du premier ministre et annonçait « Concernant les compétitions de la D1 Arkema féminine et du National qu’elle gère directement, la FFF constate l’impossibilité de poursuivre la saison dans le cadre de ces nouvelles mesures sanitaires. Une prochaine réunion du Comex de la FFF précisera les règles de gestion sportive de la saison 2019-2020 et statuera sur les conditions de redémarrage de la saison 2020-21. ». En parallèle, l’UNFP avait consulté les joueuses et un tiers à peine d’entre elles étaient favorables à la poursuite de la saison.

Alors que les deux promus en D1, Issy les Moulineaux et Le Havre, ont été acté rapidement par la FFF, il a fallu attendre ce jour pour connaître les championnes de la saison 2019-2020 de D1 Arkema. La FFF a attribué son 14ème titre consécutif au leader du championnat, l’Olympique Lyonnais, et a acté la seconde place du Paris Saint-Germain qui se qualifie pour la Women’s Champions League.

Liga Iberdrola : arrêt le 6 mai

En Espagne également, le championnat féminin de football est sous l’égide de la Fédération Espagnole de Football, la RFEF. Celle-ci a annoncé mercredi dernier l’arrêt des compétitions non professionnelles dont elle a la responsabilité avec différentes particularités en fonction des spécificités des compétitions comme celles qui demandent une phase finale. La suite de la Copa de la Reina se jouera ainsi ultérieurement lors de la saison 2020-2021. Le FC Barcelone a été déclaré champion et les montées de Santa Teresa et Eibar ont été officialisé alors que la RFEF a décidé de faire l’impasse sur la relégation de deux équipes pour créer une ligue à 18 équipes. Une décision qui ne plaît pas à tout le monde et qui illustre à nouveau le fossé entre le football féminin et masculin puisque La Liga, elle, devrait reprendre. Plusieurs joueuses déplorent qu’on ne les considère toujours pas comme des professionnelles malgré la rigueur imposée et qu’on les rabaisse à des décisions qu’on applique pour des compétitions de troisième rang. Les joueuses ont été d’autant plus blessée que le rugby féminin pourra reprendre en Espagne et demandent une homogénéisation des décisions.

Quelques jours auparavant, Pedro Malabia, directeur du football féminin à La Liga, avait alerté sur le fait que la décision d’arrêter la compétition ne serait pas prise à la légère. En effet, pour la première fois, la compétition générait des droits tv et en arrêtant le championnat à ce stade, cela représentait 600 000 euros de pertes de recettes pour les clubs. Ajoutez à cela les publicités et le marketing soit près de 1M d’euros en moins qui auront forcément un impact dans un futur proche sur les contrats des joueuses et la stabilité financière de clubs qui ne peuvent pas compter sur leurs homologues masculins pour avoir des liquidités.

Serie A : décision le 25 mai

Pour la petite histoire, la Serie A et la Serie B féminines sont organisées par la Fédération Italienne de Football, la FIGC, seulement depuis la saison 2018-2019. Auparavant les équipes se répartissaient entre plusieurs fédérations indépendantes qui avaient du mal à se mettre d’accord pour en former une unique néanmoins le championnat italien existe dans sa configuration actuelle depuis 1974.

Depuis le 10 mars dernier, les compétitions féminines sont suspendues. Alors que côté football masculin, les entraînements individuels de joueurs ont pu reprendre depuis le 4 mai en attendant les entraînements collectifs prévus à partir du 18 mai, les équipes féminines elles sont à l’arrêt jusqu’au 25 mai en attendant de savoir si le championnat reprendra. Même si les entités gouvernantes sont différentes, il y a espoir que si la Serie A masculine reprenne avec un protocole médical validé par le gouvernement, alors si soumis aux mêmes directives, le championnat féminin pourrait également reprendre. Il reste 6 journées à jouer et la Fiorentina (35 points) rêve de rattraper la Juventus (44 points) afin d’accrocher sa place pour la Women’s Champions League sans risquer de passer par un tour de qualification avec le nouveau format de la compétition en 2020-2021.

FLYERALARM Frauen-Bundesliga : décision le 25 mai

Comme pour les précédentes compétitions, le championnat féminin allemand est sous la tutelle de la Fédération Allemande de Football, la DFB. De 1990 à 1997, le championnat était organisé en deux ligues géographiques : le nord et le sud, et à la fin de la saison, le premier du nord rencontrait le premier du sud pour élire l’équipe championne. Comme tous les autres championnats, sauf la Liga Iberdrola, le championnat est composé de 12 équipes.

Le 16 mars dernier, le championnat a été suspendu néanmoins l’Allemagne ne s’est jamais avouée vaincue et défend depuis le début pour une reprise des compétitions. Le 30 avril, onze des douze clubs du championnat ont voté pour la poursuite de la saison dans le respect des exigences de santé. Par ailleurs, des clubs comme le Bayern Munich avait déjà repris l’entraînement fin avril en petit comité, avec l’interdiction de tacler ou encore de rentrer en contact. Même si l’entraînement sans masque est autorisé, les joueuses ne peuvent ni manger, ni se changer, ni se doucher au centre d’entraînement. Il reste actuellement 6 journées de championnat et entre 6 et 8 matchs aux équipes pour clore la saison. Le VfL Wolfsburg est en tête avec 46 points tandis que le Bayern (38 points) et 1899 Hoffenheim (37 points) se disputent la seconde place qualificative pour la Women’s Champions League.

Le 6 mai, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé que « La Bundesliga peut reprendre à partir de la deuxième moitié de mai en respectant les règles qui ont été convenues. » permettant ainsi aux championnats masculins allemands de première et seconde division de se remettre en ordre de marche pour reprendre la saison à partir du 16 mai. Cette annonce fait suite à la formulation de procédures médicaux et le test systématique pour tous. Suite à cette avancée, il a été demandé à la fédération allemande de développer une procédure équivalente pour la troisième division et le championnat féminin et un fond de solidarité a été créé par celle-ci pour payer les tests nécessaires aux clubs qui ne pourraient pas s’en procurer. Une décision définitive devrait être prise le 25 mai avec l’espoir que le championnat reprenne le 29 mai.

Barclays FA Women’s Super League : suspendue depuis le 13 mars

La Barclays FA Women’s Super League est comme son nom l’indique organisé par la Fédération Anglaise de Football, la FA. Depuis cette saison, elle possède un naming avec la présence de Barclays qui a signé un contrat de 3 ans pour un peu plus de 10 millions de livres. Depuis la saison 2017-2018, la ligue est professionnelle, la première en Europe. Cette professionnalisation a été vu comme une opportunité pour améliorer l’attractivité de la discipline avec de meilleures joueuses qui permettraient de créer un meilleur produit mais aussi une contrainte pour certains clubs ne pouvant pas se plier aux critères nécessaires pour acquérir une nouvelle licence pour jouer dans la ligue. Parmi ces critères, les clubs devaient offrir à leurs joueuses un contrat minimum de 16h par semaine en plus des matchs (ou 8h pour les clubs semi-professionels), mettre en place une académie de jeunes ou encore limiter les dépenses hors-terrain à 120 000£. Suite à cela, Sunderland avait été rétrogradé en troisième division tandis que Brighton & Hove Albion et West Ham United avaient été promus.

Le gouvernement britannique a annoncé ce jour que des événements sportifs pourront se tenir à partir du 1er juin à huis clos, une décision qui va dans le sens de la Premier League qui souhaite reprendre. Le gouvernement a précisé que cela serait possible si et seulement si la propagation du virus était de plus en plus limitée et s’il était possible de respecter la distanciation sociale lors de ces événements. Un protocole médical devra également être validé et des tests effectués systématiquement pour toutes les joueuses. Au sujet des tests, des points de divergences ont été déjà été soulevés entre les clubs de WSL et Championship avec la FA, notamment sur le fait que tous les clubs ne pouvaient pas se permettre de payer des tests pour tout le monde. En effet, la situation financière de clubs modestes, non-affilié à des clubs masculins, est inquiétante. Le 28 avril dernier, le club féminin de l’AFC Flyde jouant en National League (troisième division anglaise) et pourtant affilié au club masculin du même nom, annonçait sa dissolution par manque de ressources. Certains propriétaires de clubs n’hésiteront pas à dissoudre leur effectif féminin, qui repose souvent sur les contrats et la stabilité de son équipe masculine, pour faire des économies.

Malgré la pandémie, la bonne nouvelle pour la ligue anglaise est que la fédération est entrée en contact avec la nouvelle agence Women’s Sports Group afin de vendre les droits tv de la Barclays FA Women’s Super League actuellement disponible gratuitement via la BBC (pic d’audience en moyenne à 285 000) et BT Sport (pic d’audience en moyenne à 85 000), ainsi qu’internationalement (sauf en Australie) via son FA player en ligne. Ces droits tv pourraient être une source de revenu supplémentaire, actuellement non prévue dans les montages financiers des clubs, leur permettant de combler le manque dû à la suspension actuelle du championnat.

En attendant davantage de précision sur la reprise du championnat, fin mars, la fédération se donnait jusqu’à début août pour terminer la saison dont il reste encore 6 journées mais avec 9 matchs à jouer pour Birmingham, 11ème, et seulement 6 pour le leader Manchester City. Chelsea, 2ème, se bat pour garder sa place qualificative pour la Women’s Champions League tandis qu’Arsenal, à 3 points derrière, fera tout pour prendre leur place. Pourtant à la dernière place du championnat, Liverpool est l’un des clubs de WSL qui souhaitent la fin du championnat par peur de précipiter une reprise où la sécurité des joueuses ne serait pas assurée.


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