Idées reçues sur le développement durable

Vous n’avez pas pu y échapper, le troisième mot le plus prononcé derrière « confinement » et « covid » ces quatre derniers mois c’est « sustainability » ou ce qu’on traduirait en français par « développement durable ». C’est LE nouveau mot à la mode comme l’a été « storytelling » en 2018 ou bien « purpose » en 2019. Tellement à la mode que personne ne sait ce que ça sous-entend réellement.

Est-ce qu’on parle uniquement d’environnement ? Est-ce que c’est la même chose que la RSE ? Mais est-ce que ce n’est pas encore une technique des américains pour nous vendre quelque chose qui existe déjà sous un nouveau nom ?

Afin de repartir sur des bases solides mais surtout de se mettre d’accord sur ce que signifie ou ce que ne signifie pas ce terme, voici quelques réponses pour vous éclairer.


Le développement durable n’a pas qu’un aspect environnemental

Et pour le comprendre il faut d’abord revenir sur la définition de ce terme.


D’après le Larousse, le mot « développement » signifie « le fait pour quelque chose de s’accroître, de prendre de l’importance, de prendre son essor ». Le mot « durable » lui se définit par « de nature à durer dans le temps, qui présente une stabilité ». On pourrait alors définir le « développement durable » par le fait que quelque chose prend son importance dans la société dans le temps, le développement sous-entendant souvent la performance ce serait celle-ci qui devrait trouver la formule magique pour durer.

En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies a publié le rapport Brundtland. D’après celui-ci le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. ».

Si on entre davantage en détail, le développement durable s’appuie sur trois piliers essentiels : sa dimension environnementale, sociale et économique. Le développement durable doit être à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. Le social doit être un objectif, l’économie un moyen et l’environnement une condition.

Ainsi, si on cherche des exemples concrets, on peut se référer aux 17 objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies en 2015 dans son Agenda 2030 :

1.       Pas de pauvreté

2.       Faim « zéro »

3.       Bonne santé et bien-être

4.       Education de qualité

5.       Egalité entre les sexes

6.       Eau propre et assainissement

7.       Energie propre et d’un coût abordable

8.       Travail décent et croissance économique

9.       Industrie, innovation et infrastructure

10.   Inégalités réduites

11.   Villes et communautés durables

12.   Consommation et production responsables

13.   Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques

14.   Vie aquatique

15.   Vie terrestre

16.   Paix, justice et institutions efficaces

17.   Partenariats pour la réalisation des objectifs

Le développement durable c’est donc parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous, comprenant des défis mondiaux relatifs au climat, à la protection de l’environnement, à la réduction du gaspillage et au recyclage mais également à la défense des droits de l’homme, à la lutte contre la pauvreté, à la réduction des inégalités ou encore à l’éducation.


Très bien, c’est un peu comme la RSE en fait.

Oui et non…


Continuons notre exploration avec de nouvelles définitions.

D’après la commission européenne en 2011, la RSE, responsabilité sociétale des entreprises parfois également appelée responsabilité sociale des entreprises, est « l’intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et leurs relations avec les parties prenantes » ajoutant également « Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir « davantage» dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes ».

Du côté de l’ISO, International Organisation for Standardisation, qui est chargée de définir les standards internationaux et qui a défini les critères de la norme ISO 26000 sur la RSE, c’est « la responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui : – contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ; – prend en compte les attentes des parties prenantes ; – respecte les lois en vigueur et qui est en accord avec les normes internationales de comportement ; et qui est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations ».

La norme ISO 26000 définit d’ailleurs le périmètre de la RSE autour de 7 questions centrales :

  1.     La gouvernance de l’organisation

2.       Les droits de l’homme

3.       Les relations et conditions de travail

4.       L’environnement

5.       La loyauté des pratiques

6.       Les questions relatives aux consommateurs

7.       Les communautés et le développement local

Ce qu’on comprend avec ces définitions c’est que la RSE est finalement la mise en pratique d’actions de développement durable à l’échelle des entreprises et surtout que celle-ci implique directement ses parties prenantes à savoir ses collaborateurs, ses clients, ses fournisseurs ou encore ses actionnaires.

La RSE se concentre encore trop sur la compensation de ses actions liées à la création de valeur, ce qui correspond bien au terme de « responsabilité », alors que le développement durable c’est agir pour ne pas compromettre le futur donc prendre en compte l’intérêt de la société avant de créer.

Entrer dans une démarche RSE ajoute un nouvel objectif aux entreprises qui, au-delà de faire du profit, vont chercher à avoir un impact positif sur la société et respecter l’environnement tout en restant économiquement viable. Ce point économique est d’ailleurs ce qui décourage beaucoup d’entreprises à entrer dans ce type de démarche car il est encore très difficile aujourd’hui de quantifier le retour sur investissement d’une politique RSE sur son profit.

Néanmoins, il y a un réel enjeu d’image et de différenciation par rapport à la concurrence qui poussent les entreprises à considérer la RSE même si du coup cela se fait au détriment de la motivation éthique que devrait susciter ce projet.

–          D’après l’étude Earned Brand d’Elan Ederlman réalisée en 2018 en France, près de deux tiers des consommateurs choisissent d’acheter une marque en fonction de ses prises de position. 58% des consommateurs considèrent que communiquer sur leurs engagements RSE serait plus efficace que des campagnes de communication, publicité et marketing classiques. 

–          Selon une étude Cone Communication réalisée aux Etats-Unis, 51% des travailleurs déclarent ne pas vouloir travailler pour une entreprise qui n’a pas d’engagement social ou environnemental fort. C’est encore plus probant chez la génération « Millenials » qui à 76% placent la RSE au-dessus du salaire dans les critères de leurs recherches d’emploi.

–          D’après une étude réalisée par Denjean & Associés et paru en février 2018, 90% des français déclarent qu’ils apprécient plus les groupes qui ont une bonne politique RSE que ceux qui se désintéressent de cette question ; pour 88% d’entre eux une bonne politique RSE renforce l’image positive que les gens ont d’une entreprise. D’un point de vue environnemental, si le consommateur apprenait que l’entreprise prend des mesures pour améliorer le bien-être animal, cela l’enthousiasmerait à 57% et le contenterait à 37%. D’un point de vue sociale, 87% des français interrogés sont prêts à boycotter une entreprise qui nuit à la santé de certains êtres humains.

Légalement parlant, il n’y a pas de loi ou décret qui vient contraindre une entreprise à mettre en place une démarche RSE toutefois, certaines entreprises sont contraintes par des lois et décrets liés à leur statut ou administration à produire des rapports sur les impacts environnements et sociaux qu’elles ont sur la planète. C’est notamment encadré par les lois Grenelle et très récemment la loi Pacte.

Si on s’appuie sur le rapport « RSE et objectifs de développement durable » de la Plateforme RSE publié en octobre 2018, la subtilité entre développement durable et RSE est bien souligné « Alors que les ODD relèvent d’une vision prospective et de l’initiative volontaire pour développer de nouvelles stratégies et politiques en faveur du développement durable, la RSE renvoie à la notion de responsabilité vis-à-vis des impacts de l’activité des entreprises, et mobilise conjointement droit dur et droit souple. Ainsi, les ODD ne peuvent pas remplacer l’ensemble du spectre de la RSE car ils ne traitent pas explicitement de la démarche reliant entreprise et société qui repose sur le dialogue entre parties prenantes. Le risque de substitution est donc à relativiser, la RSE s’appuyant en outre sur d’autres textes, nationaux et internationaux (UE, OCDE, ONU, OIT, etc.). » 


Ce n’est pas un sujet d’aujourd’hui et pourtant…

Il est vrai que le développement durable et la prise de conscience autour des objectifs de l’ONU ne datent pas d’hier et pourtant c’est un sujet qui fait beaucoup de bruit actuellement.

Economiquement, la crise sanitaire que nous traversons redistribue les cartes et va rendre compliquée les mois et années à venir. D’après un sondage Ipsos, 63% des français se disent prêts à consommer le plus de produits locaux possibles afin de relancer l’économie. Ce sont des industries entières qui vont devoir se réorganiser pour relancer l’économie. 84% des français souhaitent la relocalisation en Europe d’un maximum de filières de production.

Socialement, les mouvements pour lutter contre les violences policières envers les personnes noires mais aussi l’inclusion des personnes racisées dans la société sont au cœur des objectifs d’égalité des races et de diversité que prônent les objectifs de développement durable. La prise de conscience est réelle et on a pu voir aux Etats-Unis le nombre de personnes, qu’on nommera privilégiée, quitter leurs postes à responsabilité soit pour dénoncer le manque de personnes à ces hauts postes soit en raison de propos ou de management conduits à l’égard de population minoritaire.

Enfin environnementalement, les sujets de ne manquent pas. Le réchauffement climatique, le recyclage, l’épuisement de nos ressources, la pollution… Cette crise met en évidence nos problèmes de consommation mais aussi les conséquences de nos abus pendant des siècles. Ce repli sur nous-même nous a montré qu’on pouvait faire autrement et il y a plus d’une habitude à préserver dans la transition écologique qui va accompagner les prochaines années. 


Maintenant qu’on a défini ce qu’est le développement durable et pourquoi il est au coeur de notre société aujourd’hui plus que jamais, je vous propose qu’on discute la semaine prochaine du développement durable dans le sport.

Depuis janvier 2017, le ministère des Sport, en partenariat avec WWF France, ont lancé la charte des 15 engagements coresponsables des organisateurs d’événements sportifs. Charte qui a été décliné aux grands gestionnaires d’équipements sportifs en 2018. De plus en plus de clubs, d’équipementiers, de fédérations s’investissent pour développer des initiatives environnementales au sein de leur structure. Socialement, c’est au travers de leurs fondations que les grandes institutions agissent pour plus d’égalité. Economiquement, quand on pense sport et argent, ce sont les salaires exorbitants des footballeurs qui nous viennent en tête alors qu’on oublie que le football représente plus de 10% du chiffre d’affaire des entreprises du sport estimé globalement à 77,7 Mds d’euros par BPCE et 10% de ses emplois.

Le développement durable est aussi au coeur de la stratégie de Paris 2024 qui repose sur diverses ambitions comme la neutralité carbone mais surtout avec des vrais enjeux de durabilité au travers de la transition écologique, pour le développement des territoires ou encore avec la valorisation de l’économie circulaire.

Enfin, il est intéressant de se demander quelle place a le développement durable dans les partenariats et les stratégies de sponsoring. Après tout si deux tiers des français choisissent de consommer une marque en fonction de ses prises de position, ne devons-nous penser le sponsoring au-delà de questions financières ou de réputation mais aussi soulever la responsabilité des marques avec lesquelles on s’engage ? Prenons Uber Eats et la précarité assumée de ses employés qui dépensent des millions en se lançant dans le sponsoring sportif mais qui refuse de revaloriser le salaire horaire de ses employés. Alors que la crise sanitaire suggère qu’on passe du sponsoring de notoriété au sponsoring de responsabilité, on définiera ce que signifie être un sponsor responsable.


Traitement en cours…
Terminé ! Vous êtes inscrit. A très bientôt.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s