La rentrée

Cela fait deux jours que tout le monde parle de la rentrée. Rentrée par-ci, rentrée par-là, rentrée à l’école, rentrée des médias, rentrée au boulot mais finalement c’est quoi la rentrée quand tu as pratiquement 25 ans, pas d’enfants et que tu as bossé tout l’été ? Les gens sont bien mignons à m’envoyer des photos de leurs gamins faisant leur première rentrée et à me dire qu’ils se fixent de nouveaux objectifs pour que cette rentrée soit un nouveau départ mais de mon côté, qu’on soit le 2, 3 ou 18 septembre, c’est la même chose.

La rentrée c’est un moment de l’année qui s’applique aux enfants ainsi qu’aux parents et qui laisse ceux entre deux, avec les grands-parents, dans une sphère parallèle où on ne connaît ni l’excitation, ni la nostalgie et encore moins le stress que signifie cette première semaine de septembre. Pas de nouvelles fournitures ni de nouveaux vêtements, c’est la continuité du 30 août. La saveur qu’avait la rentrée quand on faisait encore des études a disparu. On ne connaît plus l’envie de dessiner dans la marge de ses cahiers, l’excitation de savoir si on sera dans la même classe que nos potes et encore moins d’observer qui seront les petits nouveaux de l’année. Les seules excitations que tu as lors de cette semaine de rentrée quand tu es entre deux c’est d’espérer avoir une réponse à ton énième relance sur un sujet important et d’être au jeudi soir pour le pot avec les copains. C’est un peu triste à lire je sais, sans saveur, mais cette semaine étant la copie conforme de la précédente, je ne vois pas comment distiller des paillettes que feraient rêver les gens. Alors quand on me demande comment s’est passée ma rentrée, j’ai l’impression que mon interlocuteur s’est trompé de personne car pour renouer avec cette excitation de la rentrée dans laquelle la plupart tourbillonne, je crois que la prochaine étape est d’abord d’avoir un enfant. Là alors la date du 2 ou 3 septembre sera entourée avec importance dans mon agenda papier qui est la seule fourniture qui, rentrée ou non, m’accompagne chaque année.

Ce message était pour toutes les personnes qui se sentent exclues des discussions sur la rentrée à la cantine. Vous n’êtes pas les seuls. Et la prochaine fois qu’on vous demandera comment s’est passée votre rentrée, n’hésitez pas a dire que c’était génial de retrouver Clique sur Canal +.

Le souci de la réussite

En toute logique vous avez le droit de vous demander où est-ce que j’avais disparu. Cela fait des semaines, et même des mois, que je n’ai pas pris mon ordinateur pour juste écrire. Alors bien sûr tous les jours j’envoie des dizaines de mails, le week-end je rédige des dissertations mais disons que depuis fin avril, je n’ai pas vu le temps passer. En quelques jours tout s’est accéléré. Les devoirs, le boulot, la vie, les week-end ici et là. C’est à se demander si j’ai vraiment profité de tout ce qui m’est arrivé ces dernières semaines tellement c’était intense ou si je ne l’ai pas juste vécu en faisant la course après le temps pour être sûr de tout faire sans jamais rater un train, un avion ou même une deadline. Je viens de mettre le dernier point final à mon dernier devoir de l’année et je me sens vidée émotionnellement (bon y a peut-être un peu de Mercure en rétrograde dans le lot aussi). 

Il serait bien trop long de détailler tout ce qui m’est arrivé ces trois derniers mois et d’ailleurs même sûrement inintéressant parce qu’il faudrait que je passe des heures à poser le contexte. Je pense que je reviendrai sur quelques épisodes qui, même s’ils ont été douloureux et éprouvants, m’ont fait grandir et m’endurcir. A titre d’exemple j’ai laissé mon travail me bouffer au point d’atteindre les 8 de tensions, j’ai coupé les ponts avec plusieurs personnes très nocives dans mon entourage, j’ai failli ne pas signer ma prolongation de contrat la veille pour le lendemain, j’ai raté ma soutenance… Si vous me suivez sur Instagram, vous devez vous dire que ces derniers mots ne sont pas logiques. J’ai eu ma cérémonie de remise de diplôme le 4 juillet dernier et en photo, tout semble dire que cela s’est bien déroulé. FAUX (à lire avec la voix de Norman svp). 

J’ai passé ma soutenance le 3 juillet dernier. Arrivée in-extremis après avoir été jetée d’un bus par le chauffeur qui n’avait pas le temps de me faire de la monnaie, je savais avant même de la passer que ça ne sentait pas bon. Ces derniers mois entre le boulot et la période chargée de juin-juillet, les autres devoirs à mener en parallèle de ce projet, ça a été compliqué. Je ne vais pas mentir non plus, le choix de mes camarades de groupe n’a pas été le meilleur choix stratégique que j’ai fait. Parce que je ne vous ai pas dit mais c’était une soutenance de groupe (histoire de pimenter les choses). On a voulu se mettre entre français pour faciliter la tâche et mieux se comprendre, résultat ça a été tout l’inverse. Cumuler un job à plein temps avec des cours par correspondance, c’est faisable quand vous faites un 9h-18h tranquille pas quand vous en arrivez à ma charge de travail. Plus le temps passait, plus je savais que quelque chose allait merder à un moment, ça a été ce mémoire. Avant de le rendre, j’ai passé trois jours non-stop dessus mais ça n’a pas suffi à rattraper les dégâts. Alors je ne dis pas que je n’ai rien à me reprocher dans l’échec de cette soutenance, juste que plus on approchait du rendu, moins j’ai bénéficié de soutien et j’ai moi aussi craqué dans la bataille. C’était le mémoire ou les devoirs. Une semaine après cet oral, le verdict tombait : 45. Il faut 50. Alors tout n’est pas perdu car j’ai un rattrapage en octobre mais cela veut dire encore travailler au mois d’août et septembre et j’avoue que là, la motivation est difficile à trouver. 

Quand la note est tombée, la déception était là forcément. Je n’ai jamais eu de rattrapage de ma vie, j’ai toujours tout assuré même in-extremis, je ne connais pas vraiment l’échec et je n’ai jamais eu une note en-dessous de 65 lors de tous mes autres devoirs cette année. D’un autre côté, je savais que ce travail n’était pas à la hauteur, à la hauteur de ce qu’ils demandaient et surtout de ce que moi, je le sais, je peux fournir. J’ai toujours tout donné dans mon boulot, parfois trop. Je ne sais pas faire les choses à moitié, je m’investis, j’y consacre du temps, des week-end parce que je m’épanouie vraiment dans ce que je fais. Si j’ai tenu ces dix derniers mois dans mes études c’est parce que j’apprenais plein de choses, je découvrais de nouvelles matières, je m’ouvrais à d’autres perspectives. Malgré la difficulté et les heures à râler parce que je n’en voyais pas le bout, je voulais accomplir ce diplôme et surtout le décrocher. J’étais en colère dès que j’avais une note en dessous de 75 parce que j’ai le souci de réussir. Le problème c’est que je n’ai pas seulement le souci de réussir dans mes études mais dans la vie en général. Le souci de réussir dans ma vie privée, dans ma vie pro, de montrer aussi que je réussi. C’est un peu malsain dans un sens car j’ai l’impression que ça veut dire que j’ai un sacré égo non ? Je ne veux pas tout réussir parce que je sais que je ne peux pas tout faire et que d’ailleurs je n’en suis pas capable mais je veux réussir ce que j’entreprends. Autant vous dire que quand je vois ma santé décliner parce que ça ne va plus au boulot, ma plus grosse angoisse c’est qu’on constate que je n’ai pas réussi, pas à me remettre sur pieds. Aujourd’hui, il y a des choses dans ma vie que je réussi mieux que d’autres et c’est pour ça que je m’y consacre. Je sais que je suis bonne dans mon travail alors je m’y mets à fond, a contrario, je suis nulle dans les relations amoureuses et je fuis ça, refusant de laisser un peu de place dans mon emploi du temps pour ne pas essuyer un échec. 

Tourmentée la nana ? Juste un peu. 

Bref, revenons à cette soutenance ratée. Toujours dans cette envie de réussir et de montrer que je réussis, je n’ai bien évidement pas écrit des lignes et des lignes à ce sujet sur Internet et pourtant… Je pensais que j’aurai plus honte que ça, que je n’assumerai pas du tout et finalement, ça va. Je sais la difficulté que ça a été de mener tout de front ces dix derniers mois et même si j’aurai préféré dire à tout le monde que j’avais tout accompli les doigts dans le nez, ça me rappelle aussi que je suis humaine et que j’ai mes limites. Je crois avoir atteint la première au mois de mai et ça me permet de mieux me connaître. J’ai raté ma soutenance, je ne le crie pas sur tous les toits mais quand on me pose la question je l’assume. Je ferai mieux en octobre quand j’aurai l’esprit plus tranquille et déchargé et ce n’est pas grave. Si on m’offre une seconde chance, c’est qu’il y a une bonne raison (du moins c’est ce que je me dis). Cette prise de conscience ne signifie pas que je vais arrêter de chercher la réussite dans tout ce que je fais mais c’est déjà un premier pas d’avouer que cela me bouffe. 

J’ai encore plein de choses à vous raconter si vous saviez.

Je ne vais pas promettre de ne plus vous abandonner mais plutôt de revenir très vite pour vous compter de nouvelles histoires. J’espère que vous ne me prenez pas trop pour une folle après ce retour très psychologique, je vous rassure : je vais bien (enfin maintenant).

La bise, prend soin de toi et des tiens.

A la prochaine 👋🏼

Rompre avec ses amis

Oui le titre de cet article est bizarre.
Oui je reviens encore une fois venue de nulle part.
Oui je devrais faire autre chose au moment même où j’écris ces lignes.
Oui, oui et oui, je sais tout ça mais je crois aussi qu’écrire ce qui se passe dans ma vie, écrire ces décisions douloureuses m’aideront à tourner la dernière page de ces mésaventures.

Pendant très longtemps, j’ai cru que l’amitié c’était faire des concessions pour les autres et être la meilleure amie possible, présente, avenante, conciliante. Par peur de me retrouver seule, je constate que j’ai beaucoup donné, beaucoup arrangé, beaucoup sacrifié. Par peur de me retrouver seule, j’ai pensé aux autres avant moi mais ça c’est comme dans toute histoire de couple : pas possible. Dans une relation entre deux personnes, il n’est pas possible que l’un prenne le dessus sur l’autre, ce n’est pas sain. Pour vivre une relation épanouie, il faut que chacun ait sa place et trouver un équilibre. Avec du recul, je me rends compte que je n’ai jamais instauré ça dans mes amitiés passées et j’essaye à présent de rétablir cet équilibre pour que tout le monde s’en porte mieux.

Avant j’étais la première à envoyer un texto, j’étais l’amie demandeuse, l’amie qui s’arrange pour que l’autre fasse le moins de chemin, pour avancer l’argent même si on mettait un mois à rembourser, pour être là, tout le temps. J’étais sûrement une amie un peu étouffante même. Je me rends compte maintenant que j’en ai souffert parce qu’il n’y avait pas besoin d’être cette amie là tout le temps. J’attendais l’autre, peinée sans réponse alors que non, il n’y avait pas besoin d’attendre l’autre à ce moment. L’autre, je le verrai le lendemain et rien aurait changé.

Par peur de me retrouver seule, j’étais aussi l’amie qui évitait le conflit. J’avais du mal à percer les abcès, à dire quand ça n’allait pas, à faire des reproches. J’imaginais qu’à la première dispute, j’allais perdre mes amis. Au lycée ça aurait sûrement été le cas, aujourd’hui non. Alors ce n’est pas agréable de reprocher des choses à quelqu’un mais c’est comme ça qu’une relation évolue. C’est aussi comme ça qu’on se rend compte des amis qu’on veut garder.

Récemment, j’ai eu des conflits avec deux amis. Dans le premier cas, ça n’a pas du tout été agréable de dire à cette personne ce que je pensais mais on s’est dit qu’il fallait qu’on discute et mette cartes sur table, qu’on se dise où on était dans nos vies et vers où on souhaitait avancer pour savoir si on souhaitait toujours que l’autre partage notre vie. Comme deux grandes personnes on a discuté et ça a été tendu mais on est ressorti de cette conversation grandit et on s’est dit que notre amitié valait la peine qu’on se batte pour régler nos conflits. Dans le deuxième cas, rien a priori laissait entrevoir un conflit avec cette personne mais il a fallu que d’une conversation glaciale basée sur un malentendu pour que du jour au lendemain un gouffre s’installe et que d’autres personnes décident aussi d’instaurer un gouffre sans pour être autant être sujet du conflit. Depuis ce jour, ces personnes ont décidé d’éviter la conversation, préférant parler derrière le dos des autres et alors qu’il y a quelques mois, j’aurai dit que je me serai battue pour garder ces amis-là que je m’obstinais de garder dans mon entourage malgré l’éloignement qui s’installait, aujourd’hui je me porte mieux sans.

Ces deux histoires qui se sont déroulées à peu près à la même période m’ont aidé à me rendre compte que ce n’est pas si grave de perdre des amis si on se rend compte qu’il n’y a pas de solution pour sauver la relation. Oui, on peut décider de rompre avec ses amis, on peut se rendre compte qu’on n’a plus rien en commun et qu’il vaut mieux laisser l’autre faire sa vie. Alors bien sûr ce n’est pas une décision facile à prendre et au début c’est effrayant parce qu’on a peur de perdre ses souvenirs et parce que ça fait mal de se séparer de quelqu’un mais comme dans toute histoire d’amour, il vaut mieux se dire au revoir à temps que se détruire et garder que du négatif d’une relation.

J’avais peur de me retrouver seule parce que la gamine de 16 ans que j’ai été n’avait pas toutes les échappatoires et les nouvelles rencontres qu’elle a aujourd’hui. Pendant trop longtemps, je suis restée figée dans ce mood de jeune adulte qui débarque dans la vraie vie et qui ,par peur d’être trop chamboulée, s’attache à des personnes qui lui apporte un environnement familier et confortable dans lequel elle a des repères. Moralité : être bousculée ce n’est pas si mal et vouloir sauver ce qui est déjà en train de couler, c’est perdre de l’énergie qu’on pourrait mettre ailleurs.

Aujourd’hui je n’ai plus peur d’être seule. Je vois mes amis quand j’ai envie, je les sollicite si j’ai envie, je planifie les choses pour voir des personnes différentes régulièrement et pas 3 fois la même personne en 10 jours, je prends des nouvelles et si on ne me répond pas tant pis. J’ai même instauré le dîner du jeudi.

Les amis d’hier ne seront pas ceux de demain et je me suis fait une raison. Je leur souhaite le meilleur mais un meilleur loin de moi parce qu’on n’a plus rien de bon à s’apporter. Je pense d’ailleurs que c’est un acte de bienveillance de rompre avec ses amis, c’est leur dire que malgré les bons moments passés ensemble, aujourd’hui ils méritent de trouver d’autres amis avec qui ils partageront davantage.

Ces dernières semaines, j’ai décidé de rompre avec des amis et même si ce n’est toujours pas simple à accepter, je sais que c’est la meilleure des décisions. Aujourd’hui je sais que j’ai de la chance d’être entourée des amis que j’ai, d’avoir une meilleure amie depuis 22 ans, d’avoir des amis de 60 ans qui me partagent leurs expériences sur la vie, d’avoir des amis de cultures différentes qui m’ouvrent sur la société, d’avoir des amis du collège et du lycée mais aussi des amis rencontrés il y a 2 ans. L’amitié, la vraie amitié, est tellement rare à trouver qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. On dit toujours que les personnes qu’on peut appeler à n’importe quelle heure pour n’importe quel problème se comptent sur les doigts des deux mains et c’est vrai.

Ne culpabilisons de dire au revoir à certaines personnes, rendons-nous plutôt compte que celles qui restent sont précieuses.