Ligues féminines de football et impacts du covid-19

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Le 17 avril, la FIFPRO alertait en publiant un rapport mettant en évidence que le football féminin pourrait faire face à une « une menace existentielle » au lendemain de la pandémie. Il est vrai qu’alors qu’on s’inquiète du sort de championnats majeurs comme la Premier League ou La Liga, peu de voix s’élèvent pour défendre le football féminin qui a pourtant, lui aussi, besoin de ses revenus marketing et de billetterie pour survivre dans ce contexte.

Ce rapport soulignait qu’à défaut de prioriser la reprise des ligues comme dans le football masculin, ce sont davantage les rencontres internationales qui étaient à favoriser pour le football féminin. En effet, la majorité des joueuses sont dépendantes des compensations financières et des paiements de services fournis pas leur fédération. De plus, le report des Jeux Olympiques en 2021 et de l’Euro féminin en 2022 ne permettra pas à la discipline de rebondir sur le succès qu’a été la dernière Coupe du Monde en termes de visibilité. Aujourd’hui, le football féminin a besoin de ces fenêtres internationales pour maximiser son exposition et convertir le public en consommateur régulier. Malgré une fréquentation des stades en hausse lors des grands événements avec une moyenne de 21 756 spectateurs par match lors de la Coupe du Monde 2019, moins de 1000 spectateurs en moyenne assistent à une rencontre de championnat dans la plupart des ligues sauf aux Etats-Unis. Lors de la saison 2018-2019, on comptait en moyenne 920 spectateurs par match en D1 en France (vs 608 en 2017-2018), 833 en Frauen-Bundesliga, 1010 en FA Women’s Super League et 7 337 en NWSL, le championnat américain.

L’autre particularité soulignée par ce rapport est que de nombreuses joueuses n’ont pas de statut professionnel, seulement 18% selon les critères FIFA en 2017, et elles ne peuvent, par exemple, pas adhérer à un syndicat. Ainsi, ces joueuses ne sont pas protégées contre la perte de salaire ni soutenues dans les conflits du travail avec les clubs. Le risque à long terme est que des clubs cassent des contrats existants, 47% des joueuses n’avaient pas de contrat en 2017, et que des joueuses se retrouvent complètement au chômage. Cette crise met en évidence le manque de professionnalisation et de cadre légal que subit la discipline et c’est ainsi que Jonas Baer-Hoffman, secrétaire général de la FIFPRO espère « construire une base plus solide pour l’avenir ».

En attendant d’avoir davantage de visibilité sur les potentielles futures rencontres internationales si importantes pour la santé de la discipline, tour d’horizon de la situation dans plusieurs ligues féminines européennes.

D1 Arkema : arrêt le 28 avril

En France, le championnat de France féminin est régi par la Fédération Française de Football. Quand cette dernière a annoncé l’arrêt de ses compétitions allant du district au national 2 le 16 avril dernier, elle laissait encore en suspens sa décision pour la première division féminine. Quelques jours plus tard, le 28 avril, le comité exécutif de la fédération prenait acte de « l’impossibilité d’organiser des matches et de reprendre les championnats de la saison 2019-2020 en cours » suite à l’annonce du premier ministre et annonçait « Concernant les compétitions de la D1 Arkema féminine et du National qu’elle gère directement, la FFF constate l’impossibilité de poursuivre la saison dans le cadre de ces nouvelles mesures sanitaires. Une prochaine réunion du Comex de la FFF précisera les règles de gestion sportive de la saison 2019-2020 et statuera sur les conditions de redémarrage de la saison 2020-21. ». En parallèle, l’UNFP avait consulté les joueuses et un tiers à peine d’entre elles étaient favorables à la poursuite de la saison.

Alors que les deux promus en D1, Issy les Moulineaux et Le Havre, ont été acté rapidement par la FFF, il a fallu attendre ce jour pour connaître les championnes de la saison 2019-2020 de D1 Arkema. La FFF a attribué son 14ème titre consécutif au leader du championnat, l’Olympique Lyonnais, et a acté la seconde place du Paris Saint-Germain qui se qualifie pour la Women’s Champions League.

Liga Iberdrola : arrêt le 6 mai

En Espagne également, le championnat féminin de football est sous l’égide de la Fédération Espagnole de Football, la RFEF. Celle-ci a annoncé mercredi dernier l’arrêt des compétitions non professionnelles dont elle a la responsabilité avec différentes particularités en fonction des spécificités des compétitions comme celles qui demandent une phase finale. La suite de la Copa de la Reina se jouera ainsi ultérieurement lors de la saison 2020-2021. Le FC Barcelone a été déclaré champion et les montées de Santa Teresa et Eibar ont été officialisé alors que la RFEF a décidé de faire l’impasse sur la relégation de deux équipes pour créer une ligue à 18 équipes. Une décision qui ne plaît pas à tout le monde et qui illustre à nouveau le fossé entre le football féminin et masculin puisque La Liga, elle, devrait reprendre. Plusieurs joueuses déplorent qu’on ne les considère toujours pas comme des professionnelles malgré la rigueur imposée et qu’on les rabaisse à des décisions qu’on applique pour des compétitions de troisième rang. Les joueuses ont été d’autant plus blessée que le rugby féminin pourra reprendre en Espagne et demandent une homogénéisation des décisions.

Quelques jours auparavant, Pedro Malabia, directeur du football féminin à La Liga, avait alerté sur le fait que la décision d’arrêter la compétition ne serait pas prise à la légère. En effet, pour la première fois, la compétition générait des droits tv et en arrêtant le championnat à ce stade, cela représentait 600 000 euros de pertes de recettes pour les clubs. Ajoutez à cela les publicités et le marketing soit près de 1M d’euros en moins qui auront forcément un impact dans un futur proche sur les contrats des joueuses et la stabilité financière de clubs qui ne peuvent pas compter sur leurs homologues masculins pour avoir des liquidités.

Serie A : décision le 25 mai

Pour la petite histoire, la Serie A et la Serie B féminines sont organisées par la Fédération Italienne de Football, la FIGC, seulement depuis la saison 2018-2019. Auparavant les équipes se répartissaient entre plusieurs fédérations indépendantes qui avaient du mal à se mettre d’accord pour en former une unique néanmoins le championnat italien existe dans sa configuration actuelle depuis 1974.

Depuis le 10 mars dernier, les compétitions féminines sont suspendues. Alors que côté football masculin, les entraînements individuels de joueurs ont pu reprendre depuis le 4 mai en attendant les entraînements collectifs prévus à partir du 18 mai, les équipes féminines elles sont à l’arrêt jusqu’au 25 mai en attendant de savoir si le championnat reprendra. Même si les entités gouvernantes sont différentes, il y a espoir que si la Serie A masculine reprenne avec un protocole médical validé par le gouvernement, alors si soumis aux mêmes directives, le championnat féminin pourrait également reprendre. Il reste 6 journées à jouer et la Fiorentina (35 points) rêve de rattraper la Juventus (44 points) afin d’accrocher sa place pour la Women’s Champions League sans risquer de passer par un tour de qualification avec le nouveau format de la compétition en 2020-2021.

FLYERALARM Frauen-Bundesliga : décision le 25 mai

Comme pour les précédentes compétitions, le championnat féminin allemand est sous la tutelle de la Fédération Allemande de Football, la DFB. De 1990 à 1997, le championnat était organisé en deux ligues géographiques : le nord et le sud, et à la fin de la saison, le premier du nord rencontrait le premier du sud pour élire l’équipe championne. Comme tous les autres championnats, sauf la Liga Iberdrola, le championnat est composé de 12 équipes.

Le 16 mars dernier, le championnat a été suspendu néanmoins l’Allemagne ne s’est jamais avouée vaincue et défend depuis le début pour une reprise des compétitions. Le 30 avril, onze des douze clubs du championnat ont voté pour la poursuite de la saison dans le respect des exigences de santé. Par ailleurs, des clubs comme le Bayern Munich avait déjà repris l’entraînement fin avril en petit comité, avec l’interdiction de tacler ou encore de rentrer en contact. Même si l’entraînement sans masque est autorisé, les joueuses ne peuvent ni manger, ni se changer, ni se doucher au centre d’entraînement. Il reste actuellement 6 journées de championnat et entre 6 et 8 matchs aux équipes pour clore la saison. Le VfL Wolfsburg est en tête avec 46 points tandis que le Bayern (38 points) et 1899 Hoffenheim (37 points) se disputent la seconde place qualificative pour la Women’s Champions League.

Le 6 mai, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé que « La Bundesliga peut reprendre à partir de la deuxième moitié de mai en respectant les règles qui ont été convenues. » permettant ainsi aux championnats masculins allemands de première et seconde division de se remettre en ordre de marche pour reprendre la saison à partir du 16 mai. Cette annonce fait suite à la formulation de procédures médicaux et le test systématique pour tous. Suite à cette avancée, il a été demandé à la fédération allemande de développer une procédure équivalente pour la troisième division et le championnat féminin et un fond de solidarité a été créé par celle-ci pour payer les tests nécessaires aux clubs qui ne pourraient pas s’en procurer. Une décision définitive devrait être prise le 25 mai avec l’espoir que le championnat reprenne le 29 mai.

Barclays FA Women’s Super League : suspendue depuis le 13 mars

La Barclays FA Women’s Super League est comme son nom l’indique organisé par la Fédération Anglaise de Football, la FA. Depuis cette saison, elle possède un naming avec la présence de Barclays qui a signé un contrat de 3 ans pour un peu plus de 10 millions de livres. Depuis la saison 2017-2018, la ligue est professionnelle, la première en Europe. Cette professionnalisation a été vu comme une opportunité pour améliorer l’attractivité de la discipline avec de meilleures joueuses qui permettraient de créer un meilleur produit mais aussi une contrainte pour certains clubs ne pouvant pas se plier aux critères nécessaires pour acquérir une nouvelle licence pour jouer dans la ligue. Parmi ces critères, les clubs devaient offrir à leurs joueuses un contrat minimum de 16h par semaine en plus des matchs (ou 8h pour les clubs semi-professionels), mettre en place une académie de jeunes ou encore limiter les dépenses hors-terrain à 120 000£. Suite à cela, Sunderland avait été rétrogradé en troisième division tandis que Brighton & Hove Albion et West Ham United avaient été promus.

Le gouvernement britannique a annoncé ce jour que des événements sportifs pourront se tenir à partir du 1er juin à huis clos, une décision qui va dans le sens de la Premier League qui souhaite reprendre. Le gouvernement a précisé que cela serait possible si et seulement si la propagation du virus était de plus en plus limitée et s’il était possible de respecter la distanciation sociale lors de ces événements. Un protocole médical devra également être validé et des tests effectués systématiquement pour toutes les joueuses. Au sujet des tests, des points de divergences ont été déjà été soulevés entre les clubs de WSL et Championship avec la FA, notamment sur le fait que tous les clubs ne pouvaient pas se permettre de payer des tests pour tout le monde. En effet, la situation financière de clubs modestes, non-affilié à des clubs masculins, est inquiétante. Le 28 avril dernier, le club féminin de l’AFC Flyde jouant en National League (troisième division anglaise) et pourtant affilié au club masculin du même nom, annonçait sa dissolution par manque de ressources. Certains propriétaires de clubs n’hésiteront pas à dissoudre leur effectif féminin, qui repose souvent sur les contrats et la stabilité de son équipe masculine, pour faire des économies.

Malgré la pandémie, la bonne nouvelle pour la ligue anglaise est que la fédération est entrée en contact avec la nouvelle agence Women’s Sports Group afin de vendre les droits tv de la Barclays FA Women’s Super League actuellement disponible gratuitement via la BBC (pic d’audience en moyenne à 285 000) et BT Sport (pic d’audience en moyenne à 85 000), ainsi qu’internationalement (sauf en Australie) via son FA player en ligne. Ces droits tv pourraient être une source de revenu supplémentaire, actuellement non prévue dans les montages financiers des clubs, leur permettant de combler le manque dû à la suspension actuelle du championnat.

En attendant davantage de précision sur la reprise du championnat, fin mars, la fédération se donnait jusqu’à début août pour terminer la saison dont il reste encore 6 journées mais avec 9 matchs à jouer pour Birmingham, 11ème, et seulement 6 pour le leader Manchester City. Chelsea, 2ème, se bat pour garder sa place qualificative pour la Women’s Champions League tandis qu’Arsenal, à 3 points derrière, fera tout pour prendre leur place. Pourtant à la dernière place du championnat, Liverpool est l’un des clubs de WSL qui souhaitent la fin du championnat par peur de précipiter une reprise où la sécurité des joueuses ne serait pas assurée.


Chelsea vous veut du bien

Vous ne le savez peut-être pas mais ce week-end se joue en Angleterre la finale de la FA WSL Cup qu’on pourrait traduire dans notre langage français de Coupe de la Ligue féminine puisque c’est une compétition où s’affrontent les équipes de première et seconde division du championnat féminin britannique. Cette finale va voir Arsenal rencontrer Chelsea et me donne ainsi l’opportunité de revenir sur quelque chose qui s’est passé il y a quelques semaines dans le club de Chelsea.

Alors oui Olivier Giroud a marqué son premier but de la saison face à Tottenham mais ce n’est pas le sujet désolée. On y reviendra un autre jour si vous voulez.

Il y a quelques semaines, Emma Hayes, l’entraîneuse de Chelsea, a annoncé avoir décidé d’adapter son entraînement en fonction de la période menstruelle de ses joueuses qui se traduit depuis août par des plans individuels conçus pour chacune. Une première pour un club de football alors que c’est également le cas au sein de la sélection nationale américaine et que Phil Neville, le sélectionneur britannique, compte aussi mettre cela en place avec l’arrivée de Dawn Scott, ancienne coach de la performance de la sélection américaine. Les objectifs : réduire les blessures, améliorer la performance de l’équipe et des joueuses mais aussi contrôler les fluctuations de poids qui peuvent arriver.

En 2008-2009, selon une étude menée par Carole Maître, gynécologue de l’Insep, 37% des sportives considèraient la douleur des règles comme une gêne à leur activité nécessitant un traitement, et 64 % pensaient que le syndrome prémenstruel diminue significativement leur performance. En 2016, des recherches ont montré que plus de la moitié des athlètes féminines indiquent que les fluctuations hormonales au cours de leur cycle menstruel ont entravé leur entraînement et leurs performances. On se souvient d’ailleurs très bien à Rio en 2016 de Fu Yuanhui, nageuse chinoise, qui lors de sa contre-performance au relai 4×100 où la Chine termine 4èm, confia à une journaliste qui, la voyant mal en point, lui demande si elle a des douleurs d’estomac : « C’est parce que mes règles sont arrivées hier, donc je me sens particulièrement fatiguée – mais ce n’est pas une excuse. Je ne nage quand même pas assez bien.« .

Le fait est que dans le football, « les femmes ont toujours été traitées comme des petits hommes » dit Emma Hayes alors que physiquement on parle de deux corps différents avec leur propre spécificité et que non, on ne peut pas les traiter de la même manière. Sur une même durée de 28 jours, une femme vit un cycle de 4 phases où les œstrogènes et la progestérone n’en font qu’à leur tête. Une particularité que les hommes ne vivent pas. Mieux comprendre comment fonctionne son corps durant cette période est un enjeu de bien-être pour la femme mais surtout important pour maximiser les performances des sportives de haut-niveau. De plus, des recherches sont d’ailleurs en cours sur le lien entre les lésions du ligament croisé antérieur et des phases spécifiques du cycle menstruel, des recherches qui permettraient de mieux anticiper d’éventuelles blessures.

L’encadrement de Chelsea utilise donc une application pour accéder aux données de ses joueuses qui trackent leur cycle mais aussi les symptômes associés. L’application s’appelle FitrWoman et peut également être utilisée par le grand public. Si vous voulez tracker votre cycle ou avoir des informations sur comment adapter votre pratique sportive et votre alimentation en fonction de la phase dans laquelle vous êtes, c’est tout à fait possible et qui sait, cela vous aidera peut-être à mieux comprendre vos performances.

De 24 à 32 équipes

Un mois après la finale de la Coupe du Monde féminine, bienvenue dans un nouvel épisode des bonnes idées de Gianni Infantino – parce que de toute façon notre ami Gianni ne peut pas avoir de mauvaises idées puisque c’est le président de la FIFA et qu’un président sait mieux que tout le monde parce que sinon il ne serait pas président!

Au sommaire de cet épisode, je vous présente la prochaine Coupe du Monde féminine de la FIFA qui aura lieu en 2023 avec… 32 équipes. Et oui, pris dans l’euphorie et par le succès de cette dernière édition, notre ami Gianni s’est dit qu’il fallait surfer sur la vague et augmenter de 8 le nombre d’équipes participant à la prochaine édition parce que « why not ? ». Non je blague, bien sûr que cette idée n’est pas juste sortie du chapeau et est un minimum mûrie par une réflexion qui a du sens mais ce n’est pas parce que c’est une bonne idée que ce sera une bonne réalisation. Pour rappel, nous sommes seulement passé de 16 à 24 équipes lors de l’édition 2015 au Canada.

Il est tout à fait compréhensible de penser que suite à ce mois de fête et de records, il faut continuer à développer l’engouement et la notoriété de l’événement néanmoins, Gianni pense à sa compétition d’abord et non au développement global de la discipline malgré ce qu’il affirme. Pour appuyer son idée, Infantino a avancé deux arguments : capitaliser sur le développer du football féminin à travers le monde et encourager davantage les associations membres à structurer des programmes nationaux en faveur du développement de la discipline avec comme carotte la possibilité de jouer cette Coupe du Monde qui s’ouvrira à plus de nations. Sur ce deuxième point, il est certain qu’on verra sûrement des bonnes nations européennes avoir l’occasion de se qualifier mais cela qualifiera aussi des nations asiatiques ou africaines avec lesquelles l’écart des niveaux est important. Lors de la phase de groupe cette année, on se faisait déjà la remarque que l’écart de niveau était dantesque car à l’heure actuelle, on ne peut pas dire qu’il y a 24 nations qui sont assez compétitives pour être à la Coupe du Monde alors imaginez 32.

Bien sûr, ce qu’Infantino ne mentionne pas mais pense très fort c’est que commercialement parlant passer à 32 équipes est financièrement intéressant car plus de pays = plus de revenus de billetterie, plus de pays = plus de marchés potentiels pour les droits TV, plus de pays = plus de fans qui se déplacent, qui regardent les matchs à la télévision et qui achètent du merch, plus de pays = plus de revenus commerciaux car plus d’exposition. Alors oui plus de pays dans l’idée pourquoi pas mais avant de vouloir s’expandre davantage, il faudrait déjà régler les problèmes actuels car on n’a jamais construit un gratte de ciel sur des fondations bancales.

Le cas de la Thaïlande

On se souvient tous de cette image Nualphan Lamsam, l’ange gardien de la sélection thaïlandaise, enlaçant en larmes Nuengruethai Sathongwien (ne vous faites pas du mal à essayer de le prononcer), l’entraîneur de cette équipe, lorsqu’à la 91ème minute, Kanjana Sungngoen inscrit leur premier et unique but dans la compétition face à la Suède. PDG de Muang Thai Insurance et héritière d’une riche famille, c’est la figure du développement du football féminin thaïlandais bien que depuis quelques années, elle dirige aussi le club masculin de Port FC. En 2008, elle devient manager général de l’équipe nationale et apporte un soutien financier à celle-ci. Elle emploie de nombreuses joueuses dans sa compagnie afin de pouvoir leur verser un salaire tous les mois tout en aménageant leurs emplois du temps pour qu’elles puissent se concentrer sur le football car il n’existe pas de compétition nationale. L’équilibre de cette équipe et sa qualification reposent ainsi sur les épaules d’un mécène, un projet qui ne sera pas viable sur le long terme et qui manque de soutien de la part de la fédération à la formation des plus jeunes filles.

Le cas du Nigéria

Après leur élimination face à l’Allemagne en huitième de finale, l’équipe du Nigeria a décidé de protester contre sa fédération pour primes non versées. Au-delà des primes de participation à la Coupe du Monde, ce sont des primes datant d’il y a deux ans, pour des matchs contre la Gambie et le Sénégal, qui n’étaient toujours pas versées. D’après la fédération cela n’était qu’un malentendu dû au fait que les joueuses pensaient être payées en dollars américain et l’avaient été en naira, la monnaie locale. Malentendu ou non, c’était la troisième fois que les joueuses se retournaient contre leur fédération depuis 2004 pour des problèmes de paiement.

Le cas de l’Argentine

Quelques jours après le retour de l’équipe féminine à la maison devant un public venu en nombre pour les accueillir à l’aéroport, Carlos Borrello, l’entraîneur, annonçait sa liste pour les jeux Pana Américains. Surprise, plusieurs joueuses majeures de l’équipe comme Estefana Banini, Belen Potassa, Ruth Bravo ou encore Florencia Bonsegundo ne faisaient pas parti de cette liste. La raison : des revendications faites lors de la Coupe du Monde et notamment avant le match face à l’Ecosse pour demander plus de moyens et des meilleures qualités d’entraînement. Une situation qui ne surprend personne quand on sait qu’entre 2015 et 2017, l’équipe nationale a été inactive 18 mois, disparaissant même du classement FIFA. Les joueuses évincées n’ont même pas reçu d’appel téléphonique pour les prévenir et ont découvert par surprise leur non-sélection dans les médias. Il faut dire que Carlos Borrello est aussi un sacré personnage qui enchaîne les blagues sur ce que c’est de coacher une équipe féminine, et ne parlons pas du président de la fédération qui a cédé à la pression médiatique et celle des féministes pour reconnaître la professionnalisation du football féminin en début d’année en versant des subventions aux clubs de première division qui n’assurent même pas le salaire minimum légal.

L’expérience de la Coupe du Monde aurait pu être bénéfique pour l’équipe car un excellent moyen de voir la marge de progression qui leur restait pour concurrencer les meilleures équipes mais le staff en a décidé autrement. Il faut dire que les joueuses qui se sont plaintes sont surtout restées abasourdies en se rendant compte qu’elles n’avaient pas de plans d’entraînement individuel, que les plannings des jours de match étaient communiqués la veille sur des feuilles volantes, que le staff n’effectuait aucune analyse des données de performance recueillies, qu’aucune adaptation des entraînements était faite en période de règles… De nombreux points qui font passer une équipe nationale au stade d’équipe performante mise dans les meilleures conditions pour jouer une Coupe du Monde.

Le cas des Etats-Unis

« Equal Pay ! Equal Pay ! » voilà ce que scandait le public du Parc OL à l’annonce de la présence de Carlos Cordeiro, leprésident de la fédération américaine, sur la pelouse le 7 juillet dernier. Il faut dire que la compétition n’a pas seulement été une démonstration sportive des USA mais a aussi permis de mettre en avant leurs revendications salariales. Pour rappel, en mars, les joueuses américaines avaient déposé plainte contre leur fédération demandant des millions de dollars en arriérés de salaires et en dédommagement au motif des primes plus faibles qui leur sont accordés et des conditions d’entraînements jugées moins bonnes que celles des hommes.

Il y a quelques jours, la fédération américaine a diffusé une lettre publique mettant en avant qu’elle avait reversé 34,1M$ à l’équipe féminine contre 26,4M$ à l’équipe masculine entre 2010 et 2018 sans compter les traitements de santé pris en compte pour les femmes. Une drôle de manière d’afficher sa défense quand on sait que les deux équipes ne sont pas rémunérées de la même manière. Un joueur de l’équipe masculine est rémunéré en fonction du nombre de fois où il est appelé en équipe nationale, ses apparitions sur le terrain et les bonus liés aux résultats, des bonus qui sont plus importants pour un homme que pour une femme et que la fédération a décidé de ne jamais révéler publiquement. Une joueuse, elle, est rémunérée d’après une base salariale annuelle de 100,000$ avec des bonus allant de 67,500$ à 72,500$ pour jouer en National Women’s Soccer League. Pour appuyer son argumentaire, la fédération précise que les hommes génèrent plus de revenus avec un total de 185,7M$ pour 191 matchs joués entre  2009 et 2019 vs 101,3M$ pour 238 matchs joués par les femmes.

Quatre fois championnes du monde, les Etats-Unis doivent donc encore se battre avec leur fédération car le statut de rémunération des deux équipes est inégalitaire et fait en sorte d’avantager les hommes qui bénéficient d’un seuil salarial par match plus importe qu’une femme, de même pour les bonus. A noter d’ailleurs que l’équipe masculine soutient à 100% ses homologues féminines dans cette demande d’égalité.


Voici donc plusieurs exemples qui montrent que peu importe le pays, son classement FIFA ou ses moyens, il y a un vrai problème structurel qu’il faut s’attacher à régler avant de vouloir étendre un modèle qui n’est pas solide. Le football féminin est sur la bonne route et le fait que la FIFA souhaite doubler le prize money de la compétition en le passant à 60M€ ainsi qu’investir +1Mds€ dans les quatre ans à venir est une bonne chose mais ce budget doit être dégagé pour apporter de la stabilité et encadrer les fédérations dans le développement de programmes éducatifs, de centres de formation et de structures professionnelles. Aujourd’hui, le football féminin souffre de problèmes d’investissement, de transparence et de prise de responsabilité qui affectent sérieusement la discipline au niveau local comme national alors avant de vouloir créer un gouffre sportif en faisant concourir 32 équipes qui ont des niveaux allant de la première division à la DH, aidons les à poser les fondations de leurs ambitions.

Le compte à rebours est lancé

C’est en ce mercredi 8 mai que commence officiellement le rassemblement des Bleues à Perros-Guirec à 30 jours du match d’ouverture de la Coupe du Monde face à la Corée du Nord au Parc des Princes. D’ici là, elles affronteront la Thaïlande à Orléans le samedi 25 mai à 16h (ce n’est pas très loin de Paris, faisons tous un effort pour nous y rendre) puis la Chine le vendredi 31 mai à 21h à Créteil (oui je sais ça veut dire qu’il faut prendre la 8 ou le RER D mais là aussi, faites un effort vous ne serez pas déçus).

J-30

30 soit le nombre de jours qu’il nous reste avant le lancement de la Coupe du Monde féminine 2019 pour réviser les prénoms des 23 Bleues et les connaître sur le bout des doigts, jeter un oeil à leurs adversaires pour savoir quelle équipe il faut marabouter, acheter son album Panini et commencer sa collection, aller faire un tour sur le site de Nike pour s’offrir le plus beau des maillots, regarder si il n’y a pas un match pas très loin de la maison dont l’affiche est attrayante, noter dans son agenda tous les matchs qu’on veut voir. Par chance, et TF1 et Canal + permettront à tous de ne louper aucun match. Le premier diffusera les 25 meilleures affiches tandis que le second rendra accessible les 52 matchs à ses abonnés.

10 ans d’amour entre Canal+ et le football féminin

Il y a 10 ans, Canal+ répondait à un appel d’offre de la FFF pour la diffusion des matchs de l’équipe de France espoirs et de l’équipe de France féminine. 10 ans plus tard, Canal+ est toujours investi dans le football féminin et enrichit sa couverture médiatique année après année. Déjà en 2011, le groupe pouvait se vanter d’avoir réussi à être la première chaîne de France sur le créneau 18-20h en diffusant la demi-finale des Bleues face aux Etats-unis sur D8 et aujourd’hui, le groupe peut se vanter de réunir 500 000 spectateurs pour regarder la grosse affiche de D1 féminine en prime time.

Pour cette Coupe du Monde, le groupe a donc mis les moyens de mettre son expertise au service de la compétition avec notamment le mode expert qui sera disponible pour toutes les rencontres et qui enrichi l’offre spectateurs. L’autre particularité de Canal+ c’est la beauté de ses reportages et là encore, ils y feront honneur en en proposant 3 : « Little Miss Soccer » réalisé par Candice Prévost et Mélina Boetti qui sera diffusé le 6 juin sur Planète +, un Sport Reporter du nom de « Bleues » diffusé le 26 mai à 21h qui retrace la saison de plusieurs joueuses de l’équipe de France et enfin « Lionnes » diffusé le 9 juin sur Canal+ Family qui a suivi les U15 de Venissieux, ville où a grandi Amel Majri.

Au total c’est donc plus de 130 heures de direct qui nous attendent sur les antennes du groupe Canal+ avec 27 matchs diffusés sur Canal+ et 25 sur Canal+ Sport. Les émissions de la maison sont aussi mobilisés avec 3 CFC exceptionnels les 16, 23 et 30 juin avant d’être en direct pour la finale le 7 juillet, l’Info du Vrai qui se décline en l’Info du Sport de 20h à 21h avec Marie Portolano et Karim Bennani ainsi que l’habituel Late Football Club, fidèle au rendez-vous mais présenté par Laurie Delhostal.

7 commentateurs, 8 consultants, Canal+ n’a pas lésiné sur les belles têtes d’affiches. Chez les consultants, on retrouve Laure Boulleau, Candice Prévost, Jessica Houara, Aline Riera, Habib Beye, Sidney Govou et l’ancien sélectionneur des Bleues, Bruno Bini. Parmi les commentateurs, on note la présence Anne-Laure Salvatico, habituellement sur Infosport + et qui commentera pour la première fois certains matchs. Elle sera accompagnée par Joris Sabi, François Marchal, Stéphane Guy, David Berger, Xavier Giraudon et Paul Tchoukriel. A noter que pour couvrir les matchs de l’équipe de France, Stéphane Guy fera équipe avec Aline Riera aux commentaires et Jessica Houara en bord terrain.

TF1 : dispositif semblable à la Coupe du Monde 2018

Du côté de chez TF1 on sera sur une mécanique similaire à celle de la Coupe du Monde 2018 avec parmi les 25 meilleures affiches diffusées tous les matchs de l’équipe de France, six huitièmes de finale, la totalité des quarts, demi-finales, petite finale et enfin la finale le 7 juillet. Les matchs des Bleues ainsi que la finale seront sur la chaîne TF1 tandis que les autres rencontres seront retransmises sur TMC. Côté commentateurs, on retrouvera le fidèle duo Margotton-Lizarazu avec Camille Abily en bord terrain et en couverture des rencontres des Bleues. Le second duo sera composé de Christian Jeanpierre et Sabrina Delannoy. Comme pour les Bleus l’été dernier, on retrouvera Le Mag de la Coupe du Monde présenté par Denis Brogniart à l’issue des rencontres avec des consultants de choix comme Nathalie Ianneta, Louisa Necib, Elodie Thomis, Olivier Echouafni. On note aussi Téléfoot à 11h le dimanche et la déclinaison web de la Quotidienne sera à retrouver tous les jours sur TFX.

Côté documentaire, TF1 en proposera un. Celui-ci racontera le suivi de cinq joueuses de l’équipe de France pendant 5 mois : Amandine Henri, Wendie Renard, Gaëtane Thiney, Viviane Asseyi et Kadidiatou Diani. On apprécie d’ailleurs la richesse des parcours et des clubs représentés par ces 5 profils.

Sur le terrain

Et si tous ces articles, reportages, images ont éveillé votre curiosité, sachez qu’il reste encore des places pour plusieurs rencontres de la Coupe du Monde féminine et qu’il est toujours temps de vous motiver. 765 000 billets ont déjà été vendus principalement à Paris, Lyon et Rennes mais depuis l’annonce de la liste de Corinne Diacre, regardée par 5 millions de téléspectateurs, Brigitte Henriques a confié que 1000 billets par jour étaient vendus à Nice. Alors parce que ce n’est plus le moment d’hésiter, je me permets de glisser le lien direct de la billetterie (franchement vu le prix des places, vous auriez tort de vous en priver) : c’est ici, ici, LA, LAAAAAA.

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La semaine dernière, alors qu’on parlait du Matmut Atlantique et que j’expliquais à un de mes collègues que son accessibilité était encore à parfaire, on en est arrivé à parler de football féminin. Je ne sais plus comment exactement mais on s’est retrouvé à parler de la Women’s Champions League à venir et il m’a dit « De toute façon c’est gratuit non ? Tu ne payes pas pour voir du football féminin… ».

Alerte rouge, imaginez moi devenir rouge, froncer les sourcils et prête à sortir mon meilleur argumentaire face à cette attitude hautaine et misogyne. C’était limite si il n’allait pas me demander de le payer pour aller voir un match de football féminin mais alors qu’il pensait pouvoir faire le malin face à moi, c’est avec beaucoup de joie et un sourire en coin que je me suis permise de lui répondre que plus de 500 000 billets étaient déjà vendus pour la Coupe du Monde féminine avec 6 matchs déjà sold out et que si ils considéraient qu’on devait le payer pour assister à PSG vs Chelsea, ce n’était pas le cas des 5900 personnes qui avaient déjà pris leurs places pour la rencontre. N’ayant pas fini de déblatérer, j’ai achevé son exécution sur la place publique de l’open space en lui signifiant que la rencontre féminine entre l’Atletico et le Barça de ce dimanche affichait complet avec 68 000 places au Wanda Metropolitano. Et toc ! Bec cloué, il est retourné à son bureau et lundi matin, il n’était pas peu fier de me dire qu’il avait suivi le résultat de Lyon vs Bordeaux et même si les girondines en ont pris 7, il a vu que ça avait ramené du monde.

Il n’avait pas suivi ce fameux Atletico – Barça mais bon, une chose après l’autre. A l’affiche en Liga Iberdrola ce clasico toujours entre Madrid et Barcelone mais en attendant que Florentino Perez investisse dans une équipe féminine, c’est les leaders, l’Atletico qui se charge de défendre l’honneur. Avec 66 points au début de la rencontre, celles-ci n’ont plus que 3 points d’avance ddevant Barcelone qui a remporté 2-0 ce match dans une enceinte presque complète avec 60 739 spectateurs. UN RECORD pour un match entre deux clubs, battant ainsi le record précédemment réalisé en Espagne fin janvier quand l’Atletico Bilbao avait afronté l’Atletico Madrid en Coupe de la Reine face à 48 121 spectateurs et un record encore plus historique datant de 1920 en Angleterre, quand les Keer’s Ladies ont affronté les St Helen’s Ladies devant 53 000 personnes.

(d’ailleurs petit ps pour vous conseiller de mater ce vlog par OlympicChannel (oui oui le CIO quoi))

Est-ce que le football féminin attire les curieux ? Oui.
Est-ce que le football féminin bouge ? Oui.
Est-ce que le football féminin se développe ? Oui.

Pendant que les stades se remplissent petit à petit, d’excellentes initiaives venues du monde voient le jour.

En Argentine, pour célébrer la journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, les joueuses de Boca Juniors ont pour la première fois jouer à la Bombonera quelques jours avant l’officialisation par la fédération argentine de la création d’une ligue professionelle réunissant 16 clubs. Cette ligue profesionnelle est la seconde en Amérique Latine, après la Colombie. Chaque équipe devra avoir au moins 8 joueuses salriées et la Fédération apportera une aide financière de 3000 dollars par mois à chaque club pour son développement et assuré le salaire des joueuses (365 dollards, un peu plus que le minimum légal en Argentine). La Fédération s’engage également à fournir des terrains adaptés aux équipes qui n’en ont pas et plus globalement à accompagner le développement de la discipline en partageant les bonnes pratiques du football masculin.

Toujours en Amérique Latine, le Paraguay vient de lancer ses réseaux sociaux pour ses équipes féminines afin de leur donner plus de visibilité. Dans le même genre, le Telegraph en Angleterre vient de lancer son édition 100% sport féminin avec un site internet dédié, une newsletter par semaine et un supplément print par mois. Une édition créée avec les sportives qui contribuent activement aux sujets.

Direction la Chine où là aussi, on mise sur le football féminin. Alors on sait que la Chine veut accueillir et gagner la Coupe du Monde de football d’ici 2030 mais visiblement, la Chine a aussi des ambitions en terme de football féminin puisque la Fédération Chinoise de Football a décidé que d’ici 2020, tout club participant à la Chinese Super League (la Ligue 1 Conforama de chez nous), devra obligatoirement posséder une équipe de football féminin. Cette mesure vise à améliorer les performances, renforcer les profils de joueuses à disposition de l’équipe nationale, développer la formation avec plus d’équipes jeunes et réserves dans le but de pouvoir rivaliser les meilleures équipes nationales.

Alors si vous en doutiez encore, l’année 2019 sera celle du développement du football féminin, de sa médiatisation, de son succès populaire et surtout celui des records. Avec moins de 60 000 places au Groupama Stadium, il sera compliqué de battre le record de spectateurs à un match de football féminin entre deux équipes nationales (record de 80 203 spectateurs lors de Etats-Unis vs Japon lors des Jeux Olympiques de Londres à Wembley) mais voir des stades plein cet été en France sera déjà une belle victoire. Alors préparez-vous, le football féminin n’a pas fini de faire la une !

5 choses à retenir du débat « Sport au féminin, l’égalité est pour demain ? »

Aujourd’hui à Paris se tenait la deuxième édition du Think Football proposé par News Tank Foot. Au programme : des conférences dédiées aux acteurs du monde du sport et plus particulièrement de ceux du football avec deux thématiques principales : le sport féminin et le sportainment. Cette journée a commencé par un débat « Sport au féminin, l’égalité est pour demain ? » en présence de Béatrice Barbusse (sociologue et membre du conseil d’administration de la FFHB), Brigitte Henriques (vice-présidente de la FFF) et Fatma Samoura (secrétaire générale de la FIFA). Alors pour ceux que ça intéresse et ceux qui ont manqué ce débat de qualité, voici mes quelques notes résumées.

Les lignes bougent à la FIFA

Avant toute chose, il fallait bien que quelqu’un montre l’exemple alors qui d’autre que l’instance dirigeante du football mondial pour lancer un plan de féminisation et depuis octobre, une stratégie de développement global du football féminin. Celle-ci a trois objectifs : augmenter le nombre de licenciées avec d’ici 2026 60 millions de femmes qui pratiquent le football (soit plus de 10% des pratiquants), augmenter les revenus commerciaux en faisant en sorte de créer un produit indépendant et construire des fondations solides en accompagnant les éducateurs, les arbitres, les femmes qui veulent atteindre des postes à responsabilités… On estime que 4 milliards de personnes s’intéressent au football mais moins de 1 milliard s’intéresse au football féminin. La FIFA a pour objectif d’éduquer le plus de personnes en prenant la parole, en médiatisant, en se servant de tous les leviers à sa disposition pour sensibiliser le plus grand nombre. La moitié de la population de la Terre est composée de femmes, il faut donc arrêter de fermer les yeux sur leurs compétences et ce qu’elles peuvent apporter dans la société, dans les entreprises et ici, au football.

La FIFA souhaite former les esprits en réunissant la bonne volonté de ceux qui sont prêts à changer les choses et à investir dans le football. Au sein des instances dirigeantes parmi les 211 associations membres de la FIFA, il y a 3 ans il y avait seulement 5 secrétaires générales femmes, l’an dernier on est passé 16. Il y a 17% de femmes dans les commissions techniques de la FIFA, 42% dans l’administration. Et parce que le futur se prépare maintenant, la FIFA propose aux femmes, qui souhaitent prendre des responsabilités, des formations et programmes d’accompagnement de leadership avec une trentaine de participantes chaque année.

Un président convaincu par la mixité

En 2011, quand Noël Le Graët lance son plan de féminisation pour la FFF ce n’est pas pour « être à la mode » mais bien parce qu’il est convaincu que la mixité apporte la compétence et la performance. A l’échelle des 211 associations membres de la FIFA, la FFF est un modèle en termes de féminisation en poursuivant un objectif précis : augmenter le nombre de femmes dans toutes les familles du football et réfléchir globalement pour plus d’efficacité. C’est comme ça qu’aujourd’hui, on compte plus de 10 000 licenciées chaque saison (même + 15 000 suite à la Coupe du Monde de football 2018) contre 1 000 par an avant 2011. Ainsi, au 30 juin 2018, la Fédération Française de Football comptait 164 638 licenciées féminines vs 59 409 au 30 juin 2012 et ils espèrent bien que l’effet de la Coupe du Monde féminine 2019 leur permettra d’atteindre les 250 000 licenciées.

Alors bien sur, parler de licences c’est bien mais pouvoir accueillir tous ces licenciés c’est mieux. Sur 16 000 clubs en France, seul 1 sur 3 accueille des femmes et, en terme d’héritage laissé par l’événement, la FFF souhaiterait passer à 1 sur 2. C’est pour ces raisons notamment que 14M d’euros est attribué à l’héritage de la Coupe du Monde pour aider le football amateur et les clubs à se structurer, accompagner la formation des encadrants, contribuer au financement des équipements et ainsi pouvoir réserver un accueil qualitatif aux licenciés et les fidéliser. De nombreux appels à projets sont d’ailleurs soutenus par la FFF qui finance pour moitié ceux-ci.

Une Coupe du Monde 2019 qui a les ingrédients du succès

Quand la FFF se fixe comme objectif d’atteindre les 250 000 licenciés, cela semble tout à fait atteignable pour Béatrice Barbusse qui souligne qu’en qualité de sport universel, le football a un avantage sur tous les autres sports. Il faudra remplir des stades allant de 20 000 à 50 000 places mais sur ce sujet on peut être assez confiant car les packages mis en vente début décembre avaient permis de vendre déjà 150 000 billets dont les 69 000 mis en vente pour les demi-finale et finale à Lyon. Parmi les autres ingrédients du succès il y a la compétition qui se déroule en pleine période estivale, facile à suivre comme peuvent l’être les Jeux Olympiques et juste avant la rentrée scolaire pour demander sa licence. La compétition sera retransmise en intégralité sur une chaîne non-payante ce qui là encore permet de toucher une plus large audience avec un objectif d’atteindre 1 milliard de téléspectateurs (750 millions de personnes avaient suivi la Coupe du Monde féminine 2015). On a d’ailleurs appris dans une conférence suivante que fort du succès de la diffusion de PSG – OL en D1 Féminine sur Canal +, le match retour devrait être diffusé sur les antennes de C8 pour là encore, être accessible au plus grand nombre. Enfin, il y a forcément la performance de l’Equipe de France qui rentre en jeu. Plus elle ira loin dans la compétition, plus elle suscitera de l’attention et des vocations. Alors mission carré final ?

Il y a le football féminin et il y a les autres

Comme le soulignait Béatrice Barbusse, même si le football féminin n’est pas au niveau du football masculin, c’est aujourd’hui un sport connoté masculin plus facilement accessible aux femmes et qui génère de l’attention. A travers le football féminin, l’idée est aussi de gagner du terrain pour tous les autres sports qui n’ont pas la même attention. C’est une discipline qui attire les sponsors et qui continuera à l’attirer à travers une plus large professionnalisation et la proposition d’un spectacle sportif comme l’est une rencontre de Ligue 1 Conforama. Néanmoins ce spectacle sportif qui attire des investisseurs et des fans n’est pas à la portée de tous les sports et c’est au dessus, dans les ministères, chez les décideurs qu’il faut penser sport féminin au sens large pour que les avancées faites par la FFF bénéficient au plus grand nombre.

Aujourd’hui l’équipe de France féminine génère des profits parce que la FFF a mis en place les moyens pour, a travaillé sur les droits TV, a appelé ses partenaires pour revoir les enveloppes, a mis les mêmes moyens que ceux alloués à l’équipe masculine pour l’organisation des matchs et l’habillage des stades. En 2012 le football féminin coûtait de l’argent mais cet investissement a permis de dynamiser son attractivité et de le rendre rentable.

Ce n’est pas qu’une question d’argent

Quand on parle d’argent à Fatma Samoura, elle n’aime pas trop. Déjà parce que ce n’est pas vraiment significatif de comparer le football masculin et le football féminin puisqu’ils n’ont pas les mêmes moyens et ne génèrent pas les mêmes revenus mais surtout parce que pour elle, il est plus important de souligner l’impact social laissé par le football féminin. En effet, une joueuse de football aujourd’hui est une inspiration pour les jeunes filles, de même pour les personnes ayant des postes à responsabilités dans les institutions qui montrent qu’une femme peut s’imposer dans un environnement qu’on considère masculin. Les joueuses de football sont engagées envers les plus jeunes, elles n’hésitent pas à participer aux actions de communication, à être ambassadrice publiquement de leur sport et c’est aussi la raison pour lesquelles elles ont une meilleure image que les joueurs de football.

Si vous voulez quand même un chiffre, sachez que le prize money pour les hommes est de 400M d’euros vs 30M d’euros pour les femmes et qu’il est important de souligner que ce dernier a été multiplié par deux depuis le Canada et que celui-ci avait déjà augmenté de 5M d’euros par rapport à 2011. Aujourd’hui, « le football masculin ça paye, le football ça coûte » dira t-elle justement et pour commercialiser la discipline, il faut souvent l’inclure dans des packages. Avec les nombreuses mesures et les plans d’actions que met la FIFA en place, le but est de créer un produit unique qui peut vivre indépendamment du football masculin mais surtout qui attire des sponsors spécifiques. Pour exemple, cette année l’UEFA a décidé de séparer le produit « finale de la Women’s Champions League » du produit « finale de la Champions League » en négociant l’organisation de celle-ci dans une autre ville et même un autre pays (elle aura lieu le 18 mai ay stade de Ferencváros à Budapest). De plus, on a récemment appris que VISA s’associait pour 7 ans à l’UEFA en tant que sponsor du football féminin et de ses compétitions uniquement. Du coup, même si ça ne paye pas aujourd’hui, c’est un pari sur l’avenir et ça payera demain.


Pour conclure et surtout pour célébrer le M-4 avant le match d’ouverture de la Coupe du Monde féminine 2019, la FIFA a lancé cet après-midi sa campagne « Legend squad » mettant en avant 13 joueuses et 10 joueurs de 20 pays à travers leurs alter ego. Des alter ego qui mettront leurs super pouvoirs au service de la promotion du football féminin et de la Coupe du Monde à venir en participant à plus de 100 événements les prochaines semaines à travers le Trophy Tour mais aussi en se mobilisant lors de la compétition. Puis après tout, qui n’a jamais rêvé d’être un super héros ?