Ligues féminines de football et impacts du covid-19

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Le 17 avril, la FIFPRO alertait en publiant un rapport mettant en évidence que le football féminin pourrait faire face à une « une menace existentielle » au lendemain de la pandémie. Il est vrai qu’alors qu’on s’inquiète du sort de championnats majeurs comme la Premier League ou La Liga, peu de voix s’élèvent pour défendre le football féminin qui a pourtant, lui aussi, besoin de ses revenus marketing et de billetterie pour survivre dans ce contexte.

Ce rapport soulignait qu’à défaut de prioriser la reprise des ligues comme dans le football masculin, ce sont davantage les rencontres internationales qui étaient à favoriser pour le football féminin. En effet, la majorité des joueuses sont dépendantes des compensations financières et des paiements de services fournis pas leur fédération. De plus, le report des Jeux Olympiques en 2021 et de l’Euro féminin en 2022 ne permettra pas à la discipline de rebondir sur le succès qu’a été la dernière Coupe du Monde en termes de visibilité. Aujourd’hui, le football féminin a besoin de ces fenêtres internationales pour maximiser son exposition et convertir le public en consommateur régulier. Malgré une fréquentation des stades en hausse lors des grands événements avec une moyenne de 21 756 spectateurs par match lors de la Coupe du Monde 2019, moins de 1000 spectateurs en moyenne assistent à une rencontre de championnat dans la plupart des ligues sauf aux Etats-Unis. Lors de la saison 2018-2019, on comptait en moyenne 920 spectateurs par match en D1 en France (vs 608 en 2017-2018), 833 en Frauen-Bundesliga, 1010 en FA Women’s Super League et 7 337 en NWSL, le championnat américain.

L’autre particularité soulignée par ce rapport est que de nombreuses joueuses n’ont pas de statut professionnel, seulement 18% selon les critères FIFA en 2017, et elles ne peuvent, par exemple, pas adhérer à un syndicat. Ainsi, ces joueuses ne sont pas protégées contre la perte de salaire ni soutenues dans les conflits du travail avec les clubs. Le risque à long terme est que des clubs cassent des contrats existants, 47% des joueuses n’avaient pas de contrat en 2017, et que des joueuses se retrouvent complètement au chômage. Cette crise met en évidence le manque de professionnalisation et de cadre légal que subit la discipline et c’est ainsi que Jonas Baer-Hoffman, secrétaire général de la FIFPRO espère « construire une base plus solide pour l’avenir ».

En attendant d’avoir davantage de visibilité sur les potentielles futures rencontres internationales si importantes pour la santé de la discipline, tour d’horizon de la situation dans plusieurs ligues féminines européennes.

D1 Arkema : arrêt le 28 avril

En France, le championnat de France féminin est régi par la Fédération Française de Football. Quand cette dernière a annoncé l’arrêt de ses compétitions allant du district au national 2 le 16 avril dernier, elle laissait encore en suspens sa décision pour la première division féminine. Quelques jours plus tard, le 28 avril, le comité exécutif de la fédération prenait acte de « l’impossibilité d’organiser des matches et de reprendre les championnats de la saison 2019-2020 en cours » suite à l’annonce du premier ministre et annonçait « Concernant les compétitions de la D1 Arkema féminine et du National qu’elle gère directement, la FFF constate l’impossibilité de poursuivre la saison dans le cadre de ces nouvelles mesures sanitaires. Une prochaine réunion du Comex de la FFF précisera les règles de gestion sportive de la saison 2019-2020 et statuera sur les conditions de redémarrage de la saison 2020-21. ». En parallèle, l’UNFP avait consulté les joueuses et un tiers à peine d’entre elles étaient favorables à la poursuite de la saison.

Alors que les deux promus en D1, Issy les Moulineaux et Le Havre, ont été acté rapidement par la FFF, il a fallu attendre ce jour pour connaître les championnes de la saison 2019-2020 de D1 Arkema. La FFF a attribué son 14ème titre consécutif au leader du championnat, l’Olympique Lyonnais, et a acté la seconde place du Paris Saint-Germain qui se qualifie pour la Women’s Champions League.

Liga Iberdrola : arrêt le 6 mai

En Espagne également, le championnat féminin de football est sous l’égide de la Fédération Espagnole de Football, la RFEF. Celle-ci a annoncé mercredi dernier l’arrêt des compétitions non professionnelles dont elle a la responsabilité avec différentes particularités en fonction des spécificités des compétitions comme celles qui demandent une phase finale. La suite de la Copa de la Reina se jouera ainsi ultérieurement lors de la saison 2020-2021. Le FC Barcelone a été déclaré champion et les montées de Santa Teresa et Eibar ont été officialisé alors que la RFEF a décidé de faire l’impasse sur la relégation de deux équipes pour créer une ligue à 18 équipes. Une décision qui ne plaît pas à tout le monde et qui illustre à nouveau le fossé entre le football féminin et masculin puisque La Liga, elle, devrait reprendre. Plusieurs joueuses déplorent qu’on ne les considère toujours pas comme des professionnelles malgré la rigueur imposée et qu’on les rabaisse à des décisions qu’on applique pour des compétitions de troisième rang. Les joueuses ont été d’autant plus blessée que le rugby féminin pourra reprendre en Espagne et demandent une homogénéisation des décisions.

Quelques jours auparavant, Pedro Malabia, directeur du football féminin à La Liga, avait alerté sur le fait que la décision d’arrêter la compétition ne serait pas prise à la légère. En effet, pour la première fois, la compétition générait des droits tv et en arrêtant le championnat à ce stade, cela représentait 600 000 euros de pertes de recettes pour les clubs. Ajoutez à cela les publicités et le marketing soit près de 1M d’euros en moins qui auront forcément un impact dans un futur proche sur les contrats des joueuses et la stabilité financière de clubs qui ne peuvent pas compter sur leurs homologues masculins pour avoir des liquidités.

Serie A : décision le 25 mai

Pour la petite histoire, la Serie A et la Serie B féminines sont organisées par la Fédération Italienne de Football, la FIGC, seulement depuis la saison 2018-2019. Auparavant les équipes se répartissaient entre plusieurs fédérations indépendantes qui avaient du mal à se mettre d’accord pour en former une unique néanmoins le championnat italien existe dans sa configuration actuelle depuis 1974.

Depuis le 10 mars dernier, les compétitions féminines sont suspendues. Alors que côté football masculin, les entraînements individuels de joueurs ont pu reprendre depuis le 4 mai en attendant les entraînements collectifs prévus à partir du 18 mai, les équipes féminines elles sont à l’arrêt jusqu’au 25 mai en attendant de savoir si le championnat reprendra. Même si les entités gouvernantes sont différentes, il y a espoir que si la Serie A masculine reprenne avec un protocole médical validé par le gouvernement, alors si soumis aux mêmes directives, le championnat féminin pourrait également reprendre. Il reste 6 journées à jouer et la Fiorentina (35 points) rêve de rattraper la Juventus (44 points) afin d’accrocher sa place pour la Women’s Champions League sans risquer de passer par un tour de qualification avec le nouveau format de la compétition en 2020-2021.

FLYERALARM Frauen-Bundesliga : décision le 25 mai

Comme pour les précédentes compétitions, le championnat féminin allemand est sous la tutelle de la Fédération Allemande de Football, la DFB. De 1990 à 1997, le championnat était organisé en deux ligues géographiques : le nord et le sud, et à la fin de la saison, le premier du nord rencontrait le premier du sud pour élire l’équipe championne. Comme tous les autres championnats, sauf la Liga Iberdrola, le championnat est composé de 12 équipes.

Le 16 mars dernier, le championnat a été suspendu néanmoins l’Allemagne ne s’est jamais avouée vaincue et défend depuis le début pour une reprise des compétitions. Le 30 avril, onze des douze clubs du championnat ont voté pour la poursuite de la saison dans le respect des exigences de santé. Par ailleurs, des clubs comme le Bayern Munich avait déjà repris l’entraînement fin avril en petit comité, avec l’interdiction de tacler ou encore de rentrer en contact. Même si l’entraînement sans masque est autorisé, les joueuses ne peuvent ni manger, ni se changer, ni se doucher au centre d’entraînement. Il reste actuellement 6 journées de championnat et entre 6 et 8 matchs aux équipes pour clore la saison. Le VfL Wolfsburg est en tête avec 46 points tandis que le Bayern (38 points) et 1899 Hoffenheim (37 points) se disputent la seconde place qualificative pour la Women’s Champions League.

Le 6 mai, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé que « La Bundesliga peut reprendre à partir de la deuxième moitié de mai en respectant les règles qui ont été convenues. » permettant ainsi aux championnats masculins allemands de première et seconde division de se remettre en ordre de marche pour reprendre la saison à partir du 16 mai. Cette annonce fait suite à la formulation de procédures médicaux et le test systématique pour tous. Suite à cette avancée, il a été demandé à la fédération allemande de développer une procédure équivalente pour la troisième division et le championnat féminin et un fond de solidarité a été créé par celle-ci pour payer les tests nécessaires aux clubs qui ne pourraient pas s’en procurer. Une décision définitive devrait être prise le 25 mai avec l’espoir que le championnat reprenne le 29 mai.

Barclays FA Women’s Super League : suspendue depuis le 13 mars

La Barclays FA Women’s Super League est comme son nom l’indique organisé par la Fédération Anglaise de Football, la FA. Depuis cette saison, elle possède un naming avec la présence de Barclays qui a signé un contrat de 3 ans pour un peu plus de 10 millions de livres. Depuis la saison 2017-2018, la ligue est professionnelle, la première en Europe. Cette professionnalisation a été vu comme une opportunité pour améliorer l’attractivité de la discipline avec de meilleures joueuses qui permettraient de créer un meilleur produit mais aussi une contrainte pour certains clubs ne pouvant pas se plier aux critères nécessaires pour acquérir une nouvelle licence pour jouer dans la ligue. Parmi ces critères, les clubs devaient offrir à leurs joueuses un contrat minimum de 16h par semaine en plus des matchs (ou 8h pour les clubs semi-professionels), mettre en place une académie de jeunes ou encore limiter les dépenses hors-terrain à 120 000£. Suite à cela, Sunderland avait été rétrogradé en troisième division tandis que Brighton & Hove Albion et West Ham United avaient été promus.

Le gouvernement britannique a annoncé ce jour que des événements sportifs pourront se tenir à partir du 1er juin à huis clos, une décision qui va dans le sens de la Premier League qui souhaite reprendre. Le gouvernement a précisé que cela serait possible si et seulement si la propagation du virus était de plus en plus limitée et s’il était possible de respecter la distanciation sociale lors de ces événements. Un protocole médical devra également être validé et des tests effectués systématiquement pour toutes les joueuses. Au sujet des tests, des points de divergences ont été déjà été soulevés entre les clubs de WSL et Championship avec la FA, notamment sur le fait que tous les clubs ne pouvaient pas se permettre de payer des tests pour tout le monde. En effet, la situation financière de clubs modestes, non-affilié à des clubs masculins, est inquiétante. Le 28 avril dernier, le club féminin de l’AFC Flyde jouant en National League (troisième division anglaise) et pourtant affilié au club masculin du même nom, annonçait sa dissolution par manque de ressources. Certains propriétaires de clubs n’hésiteront pas à dissoudre leur effectif féminin, qui repose souvent sur les contrats et la stabilité de son équipe masculine, pour faire des économies.

Malgré la pandémie, la bonne nouvelle pour la ligue anglaise est que la fédération est entrée en contact avec la nouvelle agence Women’s Sports Group afin de vendre les droits tv de la Barclays FA Women’s Super League actuellement disponible gratuitement via la BBC (pic d’audience en moyenne à 285 000) et BT Sport (pic d’audience en moyenne à 85 000), ainsi qu’internationalement (sauf en Australie) via son FA player en ligne. Ces droits tv pourraient être une source de revenu supplémentaire, actuellement non prévue dans les montages financiers des clubs, leur permettant de combler le manque dû à la suspension actuelle du championnat.

En attendant davantage de précision sur la reprise du championnat, fin mars, la fédération se donnait jusqu’à début août pour terminer la saison dont il reste encore 6 journées mais avec 9 matchs à jouer pour Birmingham, 11ème, et seulement 6 pour le leader Manchester City. Chelsea, 2ème, se bat pour garder sa place qualificative pour la Women’s Champions League tandis qu’Arsenal, à 3 points derrière, fera tout pour prendre leur place. Pourtant à la dernière place du championnat, Liverpool est l’un des clubs de WSL qui souhaitent la fin du championnat par peur de précipiter une reprise où la sécurité des joueuses ne serait pas assurée.


10 ans de football

Vous vous souvenez de ce à quoi ressemblait le football il y a 10 ans ? Moi oui.

Bordeaux venait d’être champion, Marseille allait les détrôner la saison d’après. Le Mans était encore en Ligue 1 et on ne parlait pas encore de liquidation judiciaire. Strasbourg était en National et loin de gagner une Coupe de la Ligue. J’avais vécu mon premier match de Champions League à l’Allianz Arena et mes parents continuaient encore de me dire d’aller me coucher à la mi-temps « parce qu’il y avait école le lendemain ». L’équipe du PSG n’avait pas de MCN mais Hoarau et Erding en attaque. Messi et Ronaldo étaient déjà applaudis par la planète football mais sinon, personne n’avait encore entendu parler de Mbappé. Et puis surtout, il n’y avait pas la VAR pour perturber nos célébrations de buts.

Un autre événement qui s’est passé il y a 10 ans : Knysna. Et oui, on l’oublie facilement celui-là parce que franchement, il n’y a pas de quoi être fier de ces joueurs qui font une grève et s’enferment dans un bus. Enfin, c’était quand même il y a 10 ans et ça permet de mesurer à quel point il y a eu du changement dans le paysage du football français (et une deuxième étoile !!!).

Alors oui, venons en aux faits.

Je ne suis pas là pour être nostalgique des années 2010 (même si j’adorerais me mater une compilation des meilleures actions entre Gourcuff et Chamack) mais bien pour qu’on se pose un petit instant, qu’on se rappelle le football d’il y a 10 ans et qu’on compare tous les progrès (ou non, à vous de juger) qu’il y a eu depuis que Dortmund et le PSG se sont affrontés pour la dernière fois.

Bon d’accord, ça fait plutôt 9 ans et demi que 10 ans mais c’est plus long à écrire et je suis adepte des raccourcis. La dernière confrontation entre les deux clubs a donc eu lieu le 4 novembre 2010, en Europa League, la saison avant l’arrivée des qataris. Là aussi, mesurez le changement. Aujourd’hui, en 2020, on parle d’un huitième de Champions League.

Lors de cette dernière confrontation, il y avait déjà 2 brésiliens dans l’équipe, un certain Peguy Luyindula en attaque et une charnière centrale Camara-Sakho. Du côté de Dortmund, on retrouve déjà un certain Matt Hummels, Mario Gotze ou encore Robert Lewandowski, vous savez les stars qu’a fait Dortmund. En 2010, Neymar jouait encore au Brésil, Mbappé était à Bondy et Haland, le petit norvégien qu’on nous promet déjà comme le cauchemar des parisiens ce soir, était formé à Bryne.

Cette même année, en Coupe de France, l’US Quevilly atteint les demi-finales (vous savez avant d’être finaliste deux ans plus tard après avoir battu Marseille et Rennes). En février, l’OM en colle 3 à Paris à domicile. En mars/avril, on a un quart de Champions League 100% français entre Lyon et Bordeaux. En mai, Hoarau offre la Coupe de France au PSG. En août, Laurent Blanc reprend l’équipe de France et écarte les 23 grévistes pour son premier match. En août aussi, l’OM a de l’argent pour ses transferts en recrutant Gignac et Remy. En septembre, Saint-Etienne s’impose à Gerland, la première fois depuis 1994. Et puis l’AJ Auxerre joue en Champions League, tout comme Pep Guardiola avec le Barça, en route vers un nouveau trophée. Début décembre, la FIFA annonce l’organisation du mondial en Russie et celui au Qatar. Enfin, Messi est encore Ballon d’Or.

Et oui, il s’est passé deux-trois choses en 2010 et d’ailleurs si vous avez oublié l’issue de l’Europa League cette saison-là, laissez moi vous rappeler que le PSG avait fini premier de son groupe, devant Séville. Ils avaient retrouvé le club de BATE Borissov en seizièmes avant de se faire éliminer par le Benfica en huitièmes. Ne vous inquiétez pas, Dortmund n’avait pas passé les poules et la finale de cette édition avait été 100% portugaise entre Porto et Braga.

Alors, ce n’est pas dingue comment le football a évolué en 10 ans ? Que ce soit les mouvements de joueurs, les ambitions des équipes ou même la technologie… D’ailleurs, vous pensez qu’il ressemblera à quoi le football en 2030 ? Après la Coupe du Monde au Qatar, après celle en Amérique du Nord, après la fin du règne de Messi et Ronaldo… Peut-être que Zidane sera sélectionneur des Bleus, peut-être qu’on aura enfin des règles pour lutter contre le racisme, peut-être que des mecs battront des records de vitesse dans les couloirs tous les week-ends, peut-être qu’on aura des ligues fermées ou bien une Ligue 3, peut-être qu’on arrêtera de faire des matchs de pré-saison à l’autre bout du monde où les supporters ne peuvent pas se rendre, peut-être ________________ (à compléter avec votre souhait).

Quitter le terrain

Le racisme dans les stades, les cris de singe, c’est un fléau.

On le voit trop souvent dans les stades italiens à l’image de Koulibaly, joueur de Naples régulièrement victime de cris racistes, qui s’était fait expulsé face à l’Inter Milan fin 2018 après, notamment, avoir moqué l’arbitre en l’applaudissement pour son manque de prise d’initiative face à ce qu’il se passait. Un match pendant lequel Naples a demandé trois fois la suspension de la rencontre pour ce motif. Il n’y a eu aucun arrêt.

Quand vous demandez aux joueurs de football qu’est-ce qu’ils feraient si l’un de leurs coéquipiers étaient victimes d’attaques racistes en plein match, de plus en plus disent qu’ils sortiront avec lui, qu’ils suivront sa décision pour le soutenir. Hier soir, une toute autre scène s’est jouée sur la pelouse du stade D. Afonso Henriques au Portugal.

Lors de la rencontre entre Vitoria Guimaraes et le FC Porto (1-2), Moussa Marega, international de football malien, a quitté la pelouse à la 71ème minute après avoir marqué le but offrant la victoire à son équipe et, sans célébrer son but, a exprimé aux supporters qu’il ne fallait pas juger sa couleur de peau en montrant ses avant-bras. Les supporters se révoltent. Ds sièges sont envoyés sur la pelouse. Moussa Marega prend un carton jaune, l’arbitre considérant qu’il a provoqué les tribunes. Fou de rage, le joueur décide de quitter le terrain et surprise, ses coéquipiers tentent de le forcer à rester.

La vidéo est insupportable à regarder. On y voit ces joueurs qui devraient à ce moment-là devenir des hommes et comprendre que tout être humain mérite le respect, peu importe sa couleur de peau, son sexe ou tout autre facteur différenciant, stopper Marega dans son élan, le rattrapant pas après pas. Il finira par quitter le terrain sur remplacement.

Cet incident remet un sujet très important sur la table « quelle mesure prendre en cas d’injures racistes en plein match ? ». Parce que pour l’instant, on a vu des tribunes fermées, des amendes, des supporters interdits de stade a posteriori d’une rencontre mais pour l’heure, il n’y a aucune mesure réelle si ce n’est d’arrêter la rencontre quelques minutes pour lutter contre ces insultes dans les stades. Le plus triste est de voir les arbitres infliger des cartons à ces joueurs, victimes, qui demandent seulement le respect. Sans prendre en compte le fait que Marega subissait des injures depuis l’échauffement, l’arbitre lui met un jaune sous peine qu’il provoque les tribunes. C’est la seule action du match sur ce fait et elle sanctionne le joueur.

Alors quelles mesures pouvons-nous prendre ? Comment agir face à ces populations parasites dans les stades ? Comment réagiront vraiment les coéquipiers la prochaine fois ? Tout le monde quitte le terrain, sitting dans le rond central ou encore tenter de retenir son collègue ? D’ailleurs vous croyez qu’il lui disait quoi Otavio sur la pelouse : « Reste, montre leur que ça ne t’atteint pas » ou bien « Reste, sinon on va perdre » ? Non vraiment je me demande ce qu’on peut dire dans ce genre de situation à un mec à qui on est en train de manquer de respect et à qui on demande de faire comme si ce n’était pas grave.

Le racisme dans la société est un fléau, dans les stades aussi et dans ceux-ci, on cherche encore à savoir comment réagir. Contrairement à la règle du hors-jeu, là, pas de règle qui dit quoi faire dans quelle situation, seulement des suggestions, et pourtant, c’est ce qui nous manque. Au lieu de laisser les arbitres livrés à eux-mêmes et les joueurs désemparés, devant défier l’autorité pour se faire entendre, il faudrait peut-être les mettre ces règles pour que la prochaine fois, personne n’est à retenir un joueur victime de racisme sur le terrain.


CO2 Football Club

Nouvelle journée de championnat qui commence, nouveaux jets loués 25 000 € la journée dans le ciel pour le confort de ces messieurs footballeurs.

Dimanche dernier, le vol effectué par les lyonnais pour rejoindre la capitale a fait polémique. En effet, depuis Part Dieu, rejoindre la Gare de Lyon c’est 2h de train mais on le sait, depuis toujours, bilan carbone et footballeurs ne sont pas deux sujets qu’on a l’habitude d’associer positivement.

Déjà en 2011, le rapport « Footballer’s Ecological Footprint » de Greenpeace tirait la sonnette d’alarme. En 2007, l’empreinte écologique de David Beckham correspondait à 163 tonnes de CO2 soit il avait autant voyagé en avion que s’il était allé sur la lune.

Planter 835 arbres pour compenser Marquinhos

L’an dernier, une évaluation réalisée par FootballPredictions sur les émissions de CO2 dues aux déplacements aériens des 20 premiers du Ballon d’Or 2019 nous apprenaient, qu’à eux seuls, ils émettent plus de 500 tonnes de CO2 par an. En tête on retrouvait le brésilien Marquinhos qui a parcouru environ 110 000 km en avion dans ses seuls matchs internationaux et en club alors que Ronaldo, 20ème, a parcouru que 25 000 km. Les joueurs sud-américains sont forcément de grands consommateurs de l’espace aérien notamment pour retrouver leur sélection 4 à 5 fois par an. En émettant 53,5 tonnes de CO2 de par ses déplacements en avion, Marquinhos émet 200 fois plus de CO2 qu’un français moyen qui utilise ce mode de transport (0,27 tonnes de CO2). Pour compenser ses émissions, il faudrait que 835 arbres poussent pendant 10 ans. Du côté de Neymar, qui a émis 38 tonnes de CO2, c’est l’équivalent de 8 voitures qui auraient été conduites sans interruption pendant un an. Neymar qui semble être le dernier à se soucier de son impact environnemental quand il multiplie les aller-retour Paris, Barcelone, Rio pour soigner ses blessures, consulter l’avis de divers spécialistes ou simplement assister à un match de football puis repartir. 

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Alors bien sûr, il y a les joueurs de football et leur usage abusif des jets privés et il y a aussi les clubs qui organisent des tournées d’été en Amérique du Nord ou en Asie. En juillet 2015, Manchester City a fait 34 000 km pour jouer en Australie, au Viêt Nam et en Allemagne. Il y a aussi les ligues qui font jouer des finales de coupe en Arabie Saoudite et des trophées des Champions à Shenzhen soit à 9594 km de Paris. Pourtant, la LFP est engagée auprès de WWF afin de « sensibiliser les supporters à la protection de la biodiversité et réduire l’empreinte environnementale des clubs ». Cela passe par inciter les supporters à se rendre au stade en transports en commun parfois gratuit comme à Nantes les jours de match ou à utiliser le covoiturage comme via l’application StadiumGO partenaire de l’OM ; ainsi que réduire l’usage de plastique notamment dans les buvettes. Parce qu’il est important de faire attention à l’environnement mais il l’est encore plus de faire la promotion du football dans des marchés émergents et attractifs financièrement comme la Chine ou aux Émirats Arabe Unis.

Rome-Bakou : 3112 km

En 2016, pendant la phase de groupe de l’Euro, chaque équipe jouait dans trois stades différents et logeaient souvent dans une quatrième ville. En 2020, la phase de groupe a lieu dans 2 villes différentes mais parfois celles-ci sont distantes de 1149km comme entre Copenhague et Saint-Pétersbourg qui accueillent le groupe B avec la Belgique. Celle-ci, qui avait prévu de séjourner entièrement dans son camp de base au pays, a réservé un mini camp de base au Danemark après son deuxième match et avant de retourner à Saint-Pétersbourg pour éviter les trop fréquents trajets et surtout, favoriser la récupération. Car oui, l’avion présente l’avantage d’être rapidement chez soi après un match mais l’avion n’est pas très bon pour l’organisme pour autant. La circulation sanguine est mauvaise et à cause de l’air en cabine, on peut développer des bactéries. Qui n’est pas déjà sorti d’un avion avec un mal de gorge ? Levez la main, je n’en compte pas beaucoup. 

Alors quand vous interpellez l’UEFA sur le sujet, l’instance répond que ce qui pollue, c’est moins le transport aérien que la construction de nouveaux stades or pour l’Euro 2020, tous les stades étaient existants. Vous imaginez l’impact environnemental de la Coupe du Monde au Qatar en 2022 ? En plus de construire 9 stades sur 12, ils vont devoir être climatisés et même si sur place les transports ne seront pas le plus gros souci, il va quand même y avoir un déplacement massif de supporters. A titre d’exemple, les dernières Coupe du Monde de 2014 et 2018 ont respectivement généré plus de 2 millions de tonnes de CO2 chacune.

23 joueurs et 15 000 supporters

Évidemment, l’autre point à prendre en compte c’est qu’au-delà des équipes qui sont amenées à voyager partout en Europe et dans le monde, celles-ci entraînent aussi un mouvement humain conséquent lié au déplacement de leurs supporters. L’an dernier, pour la finale de l’Europa League entre Chelsea et Arsenal, ce sont 45 000 fans qui se sont déplacés à Bakou, soit un déplacement qui aurait émis plus de 24 000 tonnes de CO2. A la base, on parle de deux clubs de la même ville, distants de quelques kilomètres. Même chose quelques jours plus tard pour la tenue de la finale de la Champions League où là encore, les supporters de Tottenham et de Liverpool ont dû faire le chemin jusqu’à Madrid.

Il y a quelques jours, l’AFP révélait que pour l’Euro 2020 : « Un supporter polonais souhaitant voir tous les matchs de sa sélection devra, rien que sur la phase de poules, parcourir 6000 km en 10 jours, de son pays jusqu’à Bilbao en Espagne en passant par Dublin en Irlande. ». Même chose pour les supporters anglais. Leurs matchs de groupe se déroulent au Royaume-Uni, entre Londres et Glasgow, et si leur équipe va jusqu’en demi-finale, ils reviendraient à nouveau à Londres. Néanmoins, entre temps, leur route passerait par Dublin et Rome s’ils finissent vainqueur de leur groupe, Copenhague et Saint-Pétersbourg s’ils finissent second ou bien Budapest et Bakou s’ils finissent troisième. Au-delà de ce nouveau tour d’Europe, cela signifie également de prendre des billets d’avion en dernière minute car pas d’autres solutions si près de l’événement et là encore, une émission de carbone en hausse. 

Enfin ne vous inquiétez pas trop non plus, l’UEFA a prévu de planter 600 000 arbres pour compenser les déplacements de supporters.

Zéro déchet FC

Allez c’est bon, d’accord, maintenant que les cartons rouges sont distribués, on va quand même lister quelques bons points avec des initiatives prises par les clubs pour réutiliser leurs déchets et réduire leur impact environnemental. Car oui, il y a beaucoup de mauvaises usages mais le changement s’opère et les clubs prennent de plus en plus d’initiatives pour être plus vert.

– Lors de l’Euro 2016, 6 stades sur 10 utilisaient de l’énergie provenant de panneaux solaires et 7 stades sur 10 avaient des systèmes pour collecter l’eau de pluie.

– Lors de ses rencontres face à l’Ajax et Chelsea en Ligue des Champions, Lille s’est déplacée en Eurostar plutôt qu’en avion. D’autres clubs en Espagne et en Italie comme l’AS Roma ou la Juve favorisent aussi ce moyen de transport si les heures des rencontres sont adéquates. 

Arsenal est passé à l’électricité renouvelable en 2017. Côté buvette, les pailles en papier et les agitateurs en bois ont remplacé le plastique et des options végétaliennes sont prévues au menu. 90% des déchets sont recyclés les jours de matchs alors que le stade a un système pour réutiliser l’eau prévue pour l’irrigation.

Manchester City a des espaces de stationnement pour vélos et des points de recharge électrique autour de son stade. Le club a également introduit un système de gobelets à bière réutilisables qui a permis d’éliminer 29 000 gobelets en plastique à usage unique chaque jour de match et a également réussi à réduire sa consommation d’eau de 83% grâce à l’utilisation d’eau de pluie.

Manchester United a pour politique d’acheter de l’électricité verte certifiée pour toutes ses installations. Le club a installé un programme « Cycle to work » pour le personnel afin de réduire le coût d’achat d’un vélo et de ses accessoires. Enfin, tout ce qui n’est pas recyclé sur place est utilisé pour produire de l’énergie tandis que les déchets alimentaires sont compostés.

– Plusieurs stades ont des sièges recyclés comme le stade où joue Everton (Bramley-Moore Dock) ou encore celui de la ville de Pontedera en Italie. Pour le premier, ce sont des « sea seat », soit des sièges fabriqués à partir de 10% de plastique collecté dans l’océan tandis que le reste provient d’autres sources. Pour le second, tous les sièges du stade sont recyclés. Le plastique utilisé pour les produire provenait de la collecte des déchets de la ville elle-même, garantissant ainsi une économie circulaire de zéro kilomètre.

– Lors de la Coupe du Monde 2018 en Russie, 3,2 millions de gobelets à bière ont été rapportées à la maison en souvenir, néanmoins 50 000 ont eu une seconde vie. Budweiser et le comité local d’organisation de la Coupe du monde se sont associés pour transformer ces gobelets pour créer un terrain de football en plastique entièrement recyclé près du stade de Sotchi. 

– Toute personne qui a déjà été voir un match de football en Espagne sait le fléau que sont les graines de tournesol. A la Real Sociedad, il transforme les coques de graines de tournesol que les supporters mangent pendant les matchs en compost que les fermes locales utilisent comme engrais organique.

– Depuis 2009 et de ENTEGA, fournisseur d’énergie verte, en tant que sponsor, le FSV Mainz 05 a mis en place des initiatives pour atténuer son impact environnemental. Le club a changé la source d’énergie de son stade en électricité verte et modernisé le système de ventilation pour être plus économe en énergie. Lors de la construction de leur nouveau stade, ils ont installé des lumières LED et des capteurs de lumière dans les toilettes. Le club a subventionné des bus pour emmener les supporters aux matchs à l’extérieur et distribue au hasard des billets VIP aux fans arrivant à vélo. 

– Les panneaux solaires sont à la mode en Allemagne, le Werder Brême détient actuellement le titre du plus grand système photovoltaïque intégré à un bâtiment en Europe, produisant environ 800 000 kWh par an.

Enfin, on pourrait carrément créer un manuel des actions à suivre pour être un club 100% écolo si on analysait en long et en large le fonctionnement du Forest Green Rover mais ce club mérite son article à lui tout seul. 

Alors n’oubliez pas, allez au stade en transport en commun, à vélo ou utilisez le covoiturage ce week-end. C’est sympa pour la planète.

Leonardo Nascimento de Araújo

On a tous besoin d’un Leonardo dans notre vie.

Si, je vous assure. On a tous besoin d’une personne qui vient dire à celles et ceux qui gravitent autour de nous d’arrêter d’être négatif, de voir le mal partout et de toujours penser au pire.

Exactement comme Leonardo l’a fait à l’attention des médias français dimanche soir dans le Canal Football Club pour protéger son équipe.

Je le comprends moi le bonhomme, la négativité des autres ça m’agace parce que ça m’atteint – et si ça atteint Ney and cie autant que moi, ce n’est pas bon signe… Pourtant j’aimerai vraiment être assez forte pour faire abstraction de ces personnes qui savent utiliser que la négation dans leurs phrases et souffler dès que quelque chose les énerve mais je n’y arrive pas. J’aspire leurs émotions.

Karl Marx a dit « Entoure-toi des personnes qui te rendent heureux » et bah figure toi mon cher Karl que j’aimerai bien que ce soit si simple que ça. En effet, on dit qu’il faut s’entourer de bonnes personnes car ce sont celles qui nous offrent de bonnes sensations et qui nous mettent dans de bonnes conditions. A l’inverse, les mauvaises personnes t’apportent que des mauvaises sensations. On dit aussi qu’à force de traîner avec une personne, on assimile ses tics de langage mais aussi son caractère. C’est pour ça que si tu traînes avec des personnes négatives, tu deviens négatif et si tu traînes avec des personnes positives, tu deviens positif. Un banal exemple de la loi de l’attraction.

C’est vrai qu’en France, quand on parle de football (ou d’autres choses), on a tendance à toujours voir le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Ce n’est pas pour rien qu’on est perçu comme le peuple le plus pessimiste du monde. Même notre président disait en novembre dernier : « En ce moment, notre pays est, je trouve, trop négatif sur lui-même ». Attention je vous arrête tout de suite, je ne dis pas que Manu a tout le temps raison, je cite.

Je le conçois, on a du mal à célébrer le positif. Peut-être parce qu’on considère que c’est banal. Au football, à la fin du match on se souviendra davantage d’un raté que d’une frappe de bâtard à la Benjamin Pavard. C’est vrai, celle-ci prendra trois lignes dans la double page qui résume le match alors que pour énumérer les défauts de tel et tel joueurs, on sera plus généreux. Nous, lecteurs, on passe plus de temps à lire les flops que les tops comme si on aimait se faire du mal et en rajouter une couche. Non, vraiment, je ne saurai l’expliquer mais on aime bien taper sur un joueur qui fait une boulette et les journalistes insister pour trouver la faille. On ne peut pas simplement se contenter d’apprécier la victoire, ce serait trop simple.

Vous imaginez si dans le monde du travail chacune de nos erreurs étaient disséquées comme ça ? Les réunions seraient des listes de reproches qui te fracassent le moral et ta confiance en toi. Au secours !

Alors peut-être qu’après chaque match on devrait lister les 3 choses positives qui se sont passées pendant la rencontre. Un peu à la manière de ces « gratitudes journal » où tu dois lister 5 choses qui se sont passées dans ta journée et pour lesquelles tu es reconnaissant. Je ne suis pas sûre que ça fasse fureur auprès de tout le monde mais ce serait très efficace pour se dire en se couchant qu’on a vu un super match de football à la place de ruminer contre un CSC. Bon après je suis d’accord, il y a certains matchs tu peux chercher pendant longtemps ce qui a été positif.

Dans la même veine, je suis pratiquement sûre que si je m’entourais davantage de personnes comme Leonardo, mon monde serait beaucoup plus rose. Plus de « mais va-t-elle réussir à surmonter cette épreuve ? », « que penser si elle échoue encore à sa troisième tentative ? », « va-t-elle réussir à se relever ? » ou encore « que faut-il à cette fille pour que ça passe l’année prochaine ? ». Exactement le genre de questions qu’on se pose à l’attention du PSG depuis qu’on sait qu’ils affronteront Dortmund en huitième de finale de la Champions League.

Pourtant, cette année encore, il y a plein de raisons de relativiser : l’attaque du PSG s’est encore renforcée avec Icardi et un Di Maria qu’on n’arrête plus, Neymar devrait enfin jouer, oui Haaland est impressionnant mais Dortmund possède quand même la pire défense des dix premiers de Bundesliga, les joueurs sont sereins dans les autres compétitions, l’ambiance devrait être au rendez-vous dans des stades à guichets fermés… Que des raisons de se dire qu’on va voir deux magnifiques matchs de football et que jusqu’au 11 mars 22h45, tout est possible pour Paris.

L’offre est donc postée. Si vous pensez avoir les qualités d’un Leonardo à savoir positif, déterminé et clairvoyant n’hésitez pas à m’envoyer votre candidature. Avoir un accent italien est un plus.

Iran vs Cambodge, historique si pas éphémère

14-0, c’est le score final du match entre l’Iran et le Cambodge dans le cadre des éliminatoires à la Coupe du Monde 2022. Un résultat anecdotique alors que l’actualité était rivée sur les 3500 femmes, qui pour la première fois, ont pu se rendre au stade en achetant elles-mêmes leurs tickets.

40 ans d’interdiction

Depuis 1979, suite à la révolution islamique, les femmes ont interdiction d’assister à un quelconque événement sportif masculin même si cela n’est pas écrit dans la loi. Football, basketball ou même volleyball, la règle est la même pour tous les sports. Et n’allons pas imaginer que la règle puisse être dérogée pour une mère de famille ou une sœur d’un athlète.

Maryam Shojaei, sœur du capitaine de l’équipe nationale Masoud Shojaei, activiste et membre du mouvement OpenStadiums, n’a jamais pu assister à un match de son frère dans son pays natal. Lors de la Coupe du Monde 2018 en Russie, juste avant la rencontre entre l’Iran et l’Espagne, elle reste bloquée par la sécurité pendant deux heures pour avoir voulu faire entrer dans le stade une banderole avec écrit « Let Iranian women enter their stadium ».  Hier, elle ne faisait pas non plus partie des 3500 femmes qui ont assisté à la rencontre considérant sa venue trop dangereuse après avoir mené plusieurs campagnes contre le gouvernement et la fédération de football iranienne pour légitimer la présence des femmes dans les stades.

En novembre 2018, une centaine de femmes triées sur le volet avaient été autorisées à assister à la rencontre amicale entre l’Iran et la Bolovie, initiative que Gianni Infantino avait déclaré « décevante ». Ce même mois, Maryam Shojaei rencontrait Fatma Samoura, secrétaire général de la FIFA, pour lui remettre une pétition récoltant 240 000 signatures.

Depuis mars 2018, c’est 8 lettres qu’elle a envoyé à la FIFA pour faire pression et demander de menacer la fédération iranienne de sanctions si elle n’autorise pas les femmes dans les stades. C’est aussi à cette date que 35 femmes ont été arrêtées pour avoir tenté d’assister au match entre Persepolis et Esteqlal, match auquel assistait le président de la FIFA. Il faut dire que malgré cette interdiction, les femmes iraniennes sont pas découragées pour tenter d’assister à des rencontres. La passion plus forte qu’une loi morale, elles se déguisent avec des perruques et des fausses barbes pour accéder aux enceintes. Cela avait notamment été une astuce victorieuse lors de ce match avant d’être arrêtées. L’une de ces femmes a raconté ensuite à un média modéré que c’était la troisième fois qu’elle utilisait cette technique, changeant de maquillage et perruque à chaque rencontre. Interrogée pour savoir si elle avait peur d’être détenue, elle a répondu « Pourquoi devrais-je avoir peur? Nous, les femmes, ne commettons aucun crime en allant dans les stades. La loi n’a pas défini la présence de femmes dans les stades comme un crime. Bien sûr, ils ont détenu quelques femmes qui ont dû promettre par écrit de ne pas y retourner. ».

Un acte qui n’est pas un crime et pourtant le mois dernier, il a coûté la vie à Sahar Khodayari, surnommée « Blue Girl ». La jeune fille de 29 ans s’est immolée et a succombé à ses blessures après avoir appris qu’elle risquait jusqu’à six mois de prison suite à son arrestation en mars dernier alors qu’elle tentait d’assister à une rencontre de son équipe favorite, Esteghlal. Ce décès a fait grand bruit et les instances de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch se sont saisies de l’affaire pour faire réagir la FIFA mais aussi mettre la pression sur l’Iran en mobilisant la communauté internationale.

Il faut dire que cette interdiction reflète plus largement la place et le rôle de la femme dans la société iranienne qu’une simple interdiction de stade. Pas inscrite dans la Constitution, ce sont bien les religieux qui mettent la pression pour conserver cette interdiction en indiquant que la tenue d’un joueur est trop « érotique » et que les jurons et potentiels comportements déplacés d’un homme au stade sont dangereux pour les femmes.  « Quand une femme se rend au stade et voit des hommes à moitié nus vêtus de vêtements de sport, le péché est commis. », c’est ainsi que Mohammad Jafar Montazeri, procureur général iranien, justifie l’interdiction pour une femme d’accéder à un stade. En 2018, suite au match amical entre l’Iran et la Bolivie et la poignée de femmes qui avait été autorisées à assister au match, il avait mis en garde sur la récidive d’une telle action en disant : « Nous nous occuperons de tout responsable cherchant à autoriser à tout prix la présence de femmes dans les stades. ». Lundi, une cinquantaine de religieux ont manifesté devant le parlement iranien, scandant des slogans contre la levée de l’interdiction. Il faut dire que le président iranien, Hassan Rohani, ne semble pas fermé à une levée de l’interdiction comme le mentionne Masoumeh Ebtekar, vice-président iranien aux affaires de la famille et des femmes : « Je pense que nous allons de l’avant, (…) que le gouvernement a fait de sérieux efforts dans ce sens et nous espérons maintenant voir un match dans lequel des femmes seront assises dans le stade. ».

Historique mais pas égalitaire

3500 femmes dans un stade en Iran, un événement historique et pourtant pas égalitaire. Sur les 78 000 places du stade Azadi, elles représentaient moins de 5% de la capacité de celui-ci et avaient été limité alors que seul 2500 tickets avaient trouvé preneurs auprès du public masculin la veille du match. Il a d’ailleurs fallu que quelques minutes pour que les 850 premières places soient épuisées, poussant les autorités à en ajouter. Un parcage féminin plein une heure avant le match alors qu’à l’extérieur, des femmes étaient venues au stade, espérant pouvoir acheter leur billet sur place. Un acte toujours discriminant pour Maryam Shojaei qui dénonçait que « s’ils proposent des quotas de billets, des portes d’entrée différentes, des tribunes différentes, c’est qu’ils traitent encore les femmes de façon différente des hommes ». Une situation qui est en effet contraire aux statuts de la FIFA mentionnant que « toute discrimination d’un pays, d’un individu ou d’un groupe de personnes pour des raisons de couleur de peau, (…) de sexe, (…) ou pour toute autre raison est expressément interdite, sous peine de suspension ou d’exclusion ».

Un match, c’est donc bien mais la vraie question est : que se passera-t-il lors du prochain ? La fédération iranienne a-t-elle seulement cédé pour cette fois face à la pression politique de la FIFA suite à la médiatisation du décès de Sahar Khodayari le mois dernier ? Est-ce uniquement un coup de publicité pour la gouvernement alors que pour l’instant aucune annonce pérénisant les choses a été annoncé pour une ouverture de tribunes pour tous les matchs de football, internationaux mais aussi les championnats, dans tous les stades sans restrictions discriminatoires ? A quand la possibilité d’avoir des tribunes mixtes pour que les femmes puissent venir au stade avec leurs enfants ? Des travaux concernant l’accessibilité des stades et notamment des toilettes seront-ils vraiment engagés pour accueillir les femmes dans de bonnes conditions comme l’annonçait Hossein-Ali Amir le mois dernier ou continuerons-nous de nous servir de cela comme excuse pour rester dans le climat actuel ? Beaucoup de questions qui pour l’instant restent sans réponse alors que les défenseurs des droits de l’homme affichent déjà leur scepticisme parce que finalement ce n’est pas qu’une question de football.

Autoriser les femmes à entrer dans les stades c’est la première porte pour qu’elles demandent davantage de liberté et ça, les têtes pensantes iraniennes sont contres. Dire « oui » a une femme est impensable et les autorités préféraient que les pays étrangers ne s’en mêlent pas. La société iranienne est une société qui exclut les femmes des espaces publics, qui les arrêtent si leur voile est mal mis ou si elles sont habillées de manière « provocante », dont les pouvoirs surtout religieux refusent le changement et l’intellectualisation des femmes. S’opposer aux concessions, s’opposer à toutes les demandes permet de moins susciter de nouvel intérêt et de laisser les femmes là où elles sont.

C’est aussi l’exemple flagrant du pouvoir du football. Si la FIFA menaçait réellement de manière convaincante de mettre en application ses statuts et donc de suspendre ou d’exclure la fédération iranienne, cela serait-il suffisant pour faire réagir le pouvoir politique ou la religion est plus forte que tout ? Est-ce que le football serait ainsi l’instance qui domine les lois sociales et sociétales en jouant un rôle fondamentale pour la place de la femme ?

En attendant de connaître la réponse, les joueurs de l’équipe nationale iranienne sont allés rendre hommage aux 3500 femmes présentes pour les encourager dans ce match des éliminatoires à la Coupe du monde 20222 en venant les applaudir en fin de match afin de leur montrer leur soutien et solidarité pour faire lever leur interdiction de stade.


Photos d’illustration : Forough Alaei, gagnante du concours photo 2019 organisé par le World Press Photo avec son reportage « Crying for Freedom » documenté le 10 novembre 2018 lors du match de AFC Champions League Cup entre l’équipe iranienne de Persepolis et l’équipe japonaise, Kashima Antlers, au stade Azadi de Téhéran.

La Ligue 1, ma bonne copine

Un sentiment d’épanouissement et de joie intense, c’est ainsi que je me suis levée ce matin en sachant qu’il n’y avait plus un seul dodo qui me séparait du retour de ma chère et tendre Ligue 1 Conforama. Il faut dire que depuis 3 mois – sauf pour ceux qui ont aussi maté la Coupe du Monde, et la CAN, et la Copa America… – bon OK depuis un mois plutôt, j’ai redécouvert ce que c’était de ne rien faire le dimanche soir et autant vous dire qu’après plusieurs errances tardives sur des sites-vous-ne-savez-comment-vous-êtes-arrivés-là, ma carte bleue est contente de savoir qu’elle va rester au chaud.

Retrouver la Ligue 1 Conforama c’est comme retrouver une bonne copine qui a posé trois mois de congés sans solde et s’est barrée à l’autre bout de la planète. Après 3 mois sans trop de contact, c’est le retour et on a plein de choses à se raconter : établir un top 10 des joueurs les plus prometteurs cette saison, être un peu nostalgique des départs comme si on parlait d’un ex duquel on était assez détacher pour en discuter sans pleurer, décider de quel maillot porter pour la première à domicile (notre préféré ? celui qui porte chance ? celui de cette saison ? le premier qu’on a acheté ?). C’est aussi le genre de bonne copine qui est très occupée, à qui tu as envie de dire qu’elle a un emploi du temps de ministre. Parfois elle est occupée que le week-end, parfois surprise, elle l’est aussi le mercredi. Il faut donc prévoir à l’avance les dates auxquelles on peut se voir. Bon par contre elle est prévoyante parce qu’elle te donne ses dispos dès juin et toi après tu n’as plus qu’à créer un agenda Ligue 1 Conforama dans ton Google Agenda avec l’heure de votre rendez-vous hebdomadaire. D’ailleurs, tu peux aussi indiquer dans cet agenda si c’est pour se voir à la maison, se voir au bar quand ton équipe ne joue pas à domicile, se voir au stade (note pour toi: achète tes billets pour le prochain match, vite!).

Au début tu es assez enthousiaste à l’idée de la retrouver, c’est ta copine, elle t’a manqué, vous avez plein de choses à vivre à nouveau ensemble mais une part de toi sait aussi que comme chaque année, il arrivera un moment où vous allez vous disputer, vous ne serez pas d’accord sur les motifs de l’exclusion de l’appartement du mec de ta pote jusqu’à ce que finalement il revienne trois semaines plus tard, elle reprogrammera un de vos rendez-vous à un moment qui n’est pas opportun, elle choisira un bar où le plancher est impraticable, elle aura le monopole de décider quels déguisements et effets spéciaux sont autorisés pour Halloween… Oui à un moment, ça sera tendu, comme chaque année, mais en même temps tu l’adores tellement que tous les week-ends tu finis par la rappeler pour savoir à quelle heure vous vous voyez. Bon bien sûr, il y a une semaine ou deux où le rendez-vous va sauter car tu seras en vacances ou elle aura un week-end de famille mais ça ne vous empêchera pas de rester connecter, il suffit d’activer une ou deux notifs pour être sûr de rater aucun but message.

Il y a trois mois tu l’as quitté à l’aéroport avec un sentiment de « ok je vais pouvoir souffler un peu » mélangé à « reviens vite quand même ». Il est l’heure, elle est revenue et tu sais qu’il y aura des hauts et des bas, que tu vas rire et râler, peut-être avoir les larmes aux yeux et tu as hâte. Hâte de retrouver ta bonne copine avec qui tu vas partager toutes ces émotions. Alors installe toi confortablement, commande ton verre, vérifie que la pizza est en route et c’est parti : ta bonne copine est de retour jusqu’au 23 mai, profites en!

Merci Godin, salut l’Atleti

A quelques heures du dernier match de l’Atletico cette saison et à quelques semaines de la finale de la Champions League qui se jouera au Wanda Metropolitano, laissez-moi vous raconter mon expérience dans ce nouveau stade qu’utilise le club madrilène depuis un an et demi. Après avoir été faire un tour au Santiago Bernabeu au mois de décembre et y détester l’ambiance, j’ai pensé qu’il fallait que je profite d’une de mes prochaines visites à Madrid pour me rendre dans ce stade afin de juger si être silencieux est propre au public madrilène en général ou seulement aux supporters du Real.

Le hasard a voulu qu’en assistant au dernier match de la saison à domicile face à Séville, j’assiste par la même occasion au dernier match de Diego Godin sous ces couleurs et dans leur stade. Je ne vais pas mentir, j’étais au bord des larmes. La vidéo n’était pas extraordinaire et ne m’a pas mis des frissons comme pour d’autres départs mais voir ces supporters en pleurs, ses coéquipiers lui remettre tour à tour maillot, brassard et stèle, sans compter sur les musiques nostalgiques à la Ed Sheeran et The Fray qui accompagnaient ce moment, tout était réuni pour un grand moment d’émotion. Je pense que ce départ a d’ailleurs joué dans sur l’ambiance générale du match car je ne compte pas le nombre de fois où un chant pour lui a été entonné. Au début du match, il revenait à peu près toutes les trois minutes. Divisez 90 par trois et vous aurez sûrement un nombre proche de la réalité.

Un stade un peu classique

On m’avait dit « Romane tu vas voir, le stade de l’Atletico il est magnifique et tout est fait pour que les fans viennent en avance profiter des animations. ». Tantôt je suis d’accord avec la première partie de cette phrase, tantôt la seconde, j’ai dû mettre mes lentilles à l’envers. Il est vrai que ce stade est magnifique, loin et hors de la ville mais magnifique. Il est desservi par deux stations de métro sur la 7, celle du stade et celle avant le stade à 10 minutes à pied mais qui permet de faire une pause sur le chemin pour prendre une bière avec les copains dans un bar. Je n’ai jamais visité le Vicente Calderon et n’ait donc pas de moyen de comparaison mais ce stade fait très « européen ». Ne vous enflammez pas, ceci n’est pas une insulte mais une constatation. Pour avoir été au Camp Nou et au Bernabeu, je m’étais fait une idée des stades espagnols assez pentu et très haut. Autant dire que le Metropolitano ressemble davantage au Groupama Stadium qu’au deux stades précédemment cités. Il a le même style d’esplanade, les mêmes escaliers et finalement seul ce toit lui donne une touche particulière et singulière à l’habitacle. 

Je m’égare un peu mais revenons à ces « supposées » animations. Alors oui, il y a une aire de jeux pour les enfants et un musée sur le maillot, il est possible de faire le stadium tour jusqu’à une certaine heure les jours de match et à l’occasion du titre de leur équipe féminine en Liga Iberdrola, une exposition temporaire de douze photos avaient été installées mais de là à dire que ça vous occupe des heures, c’est un peu abusé. Finalement vous passez plus de temps à la boutique qu’à faire le tour des autres activités tellement il y a de monde et ceux qui sont arrivés bien en avance patientent où ils peuvent trouver un peu d’ombre en attendant que les portes s’ouvrent.  

Dans la liste des bonnes choses à retenir dans ce stade on peut noter qu’on peut ramener sa propre nourriture ce qui est assez rare pour le souligner, que les prix des boissons sont similaires à ceux de l’extérieur du stade, que si vous voulez immortaliser votre venue, vous avez le droit aux appareils photos. A chaque coup de pied arrêté, il est indiqué sur les écrans le combientième celui-ci est-il pour l’équipe en question.

Dans la liste des choses qui m’ont contrariées on retiendra que les trois écrans sont minuscules, c’est-à-dire que vous ne voyez pratiquement rien des replays. A aucun endroit dans le stade est mentionné le temps de la partie écoulée et le temps additionnel n’est également pas annoncé par le speaker. 

Les chants des colchoneros

Enfin, venons-en au chapitre qui m’intéressait le plus : l’ambiance. Je ne vais pas au stade pour vivre la même expérience que sur mon canapé. Je vais au stade pour partager un moment, pour avoir l’impression de vivre et découvrir quelque chose de nouveau et dans un sens, je veux être transportée par ce que je vis. Je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises mais le Bernabeu avait été une déception totale. Un public principalement de touristes, une tribune branche qui fait le minimum, des supporters adverses mis dans un coin en haut du stade pour ne pas qu’on les entende. Autant vous dire que vous êtes mieux à la maison, au chaud sous votre couette (quoi qu’il y a des chauffages qui font en sorte que vous ne devenez pas un glaçon), avec votre bière et sandwich qui ne vous auront pas coûter un bras (d’ailleurs j’espère pour vous que vous mangez un plat meilleur qu’un sandwich quand vous matez du foot à la maison… genre plutôt une pizza quoi). 

Bon encore une fois, je m’égare (si vous aviez un doute, je fais carrément partie de ces gens qui avaient dans ses appréciations scolaires « trop bavarde » écrit pour chaque matière). Spoiler : l’ambiance est mieux mais toujours pas incroyable. L’ambiance est mieux qu’au Bernabeu parce que clairement j’avais choisi ma place pour être côté tribune sud (celle qui chante) et mon voisin avait décidé de me casser les tympans pour me faire comprendre qu’il y a de l’ambiance dans son stade. De la première à la dernière minute, ils n’auront pas arrêté de chanter et même si je trouve leurs airs très répétitifs, ils ont le mérite de ne pas s’arrêter. Néanmoins, là encore, il n’y a personne pour leur répondre. Côté sud, la tribune basse interagit avec sa tribune haute mais pour le reste du stade, c’est très silencieux. Il n’y a pas de « Aux Armes » où deux tribunes se répondent comme en France. Il n’y a pas de section de supporters adverses qui confronte l’équipe à domicile. Ce que je veux dire dans tout ça c’est que ça reste assez plat et une tribune n’arrive pas à transporter et faire se lever tout le stade.

Là où par contre il est important de souligner la ferveur des supporters c’est qu’ils sont fans de toutes leurs équipes. Avant la rencontre masculine, les filles de l’Atletico sont venues présenter leur trophée en tant que championnes de la Liga Iberdrola et tout le stade s’est levé pour les applaudir. De même à la mi-temps, toutes les sections jeunes et féminines titrées dans leurs catégories respectives ont été présentées et acclamés par le public. Il y a un véritable sentiment d’appartenance, une fierté d’être supporter de chacune des équipes qui portent ces couleurs. Ce ne sont pas des fans de l’équipe A, ce sont des fans du club et ils se sentent concernés par tout ce qui s’y passe. Je trouve que c’est quelque chose qu’on a beaucoup moins en France, être fan d’un club dans son ensemble, se tenir au courant des résultats des équipes U17 par exemple, connaître le nom de l’entraîneur de l’équipe U19 féminine… Des petites choses qui comme ça n’ont pas vraiment d’importances mais qui ont un impact sur la proximité qu’on a avec le club dans son ensemble et ce pourquoi ont en partage davantage ses valeurs et surtout la fierté à chaque éclosion d’un talent du club ou d’une victoire.

S’il fallait donner une appréciation générale à ce match je dirai que j’ai été surprise par des choses auxquelles je ne m’attendais pas et déçue par des choses qu’on m’avait vantés. Finalité : les comptes sont à l’équilibre. Contrairement au Bernabeu que j’aimerai bien voir dans une autre configuration à l’image de celle d’une rencontre de Champions League ou un derby face à l’Atletico, je ne suis pas sortie de ce stade en me disant qu’il faudrait que je revienne. Il est beau mais il est classique. Il n’a pas d’âme particulière mais parce que son histoire est encore à écrire. C’est tout bête d’ailleurs mais les murs intérieurs sont nus et cela manque de couleurs, de symboles liés à l’histoire du club. A contrario, je serai très curieuse de voir un match de l’Atletico à l’extérieur et voir si les supporters sont autant au rendez-vous et chantant qu’à domicile.

Comme d’habitude, toute recommandation de stade est la bienvenue (mais privilégiez l’Europe svp parce que je n’ai pas le budget d’aller en Amérique Latine ni en Argentine). 

Réforme de la Champions League, oui mais non

Liverpool vs Tottenham. L’affiche de cette finale de Champions League est un enseignement pour tous ceux qui rêvent de réformer la compétition : oui le football est formidable, imprévisible, à suspens, excitant et renversant et c’est pour cela qu’on l’aime. Les gros, ceux qui seraient favoriser par la réforme prévue par l’UEFA ne sont plus là et le scénario inédit de cette édition 2018-2019 a tenu en haleine tous les fans de football. Le football c’est l’imprévu, la surprise, la stupéfaction, la tristesse, la désillusion et la réforme de Champions League va à l’encontre de beaucoup de ces adjectifs pour devenir une compétition favorisante, élitiste, pré-écrite. Alors qu’aujourd’hui, n’importe quelle équipe peut accéder à la Champions League sur un coup de chance, le hasard, l’idée d’y accéder, de la toucher même d’un orteil serait à oublier pour de nombreux clubs. On dit souvent que la compétition de la coupe aux grandes oreilles est la plus belle car la plus difficile et la plus accessible en même temps sauf que là, l’accessibilité de celle-ci sera à rayer. Fini Marseille, Bordeaux, Saint-Etienne ou même Lille qui y aura accès l’an prochain, seul le PSG, Monaco et Lyon pourraient défendre les couleurs de la Ligue 1 Conforama d’après ce qu’a présenté l’UEFA hier.

Aleksander Ceferin avait pourtant bien dit que tant qu’il serait à la tête de l’institution européenne, aucune réforme de la Ligue des Champions était à prévoir et pourtant, c’est un tout autre discours qui a été tenu auprès des représentants des ligues européennes hier. Une présentation d’une Champions League remodelée a été faite ainsi qu’un Ligue Europa 2 et les contours de celles-ci sont conformes à ce qui a filtré dans la presse ces dernières semaines. Une réforme avec prise d’effet prévue pour 2024 et qui devrait être votée lors d’un COMEX prévu en fin d’année 2019 puisque l’UEFA souhaite acter ses contours avant la saison 2020-2021 pour établir les équipes qualifiées sur la base des quatre dernières saisons de Ligue des Champions.

Une ligue qui favorise les géants d’Europe…

Tout l’intérêt de cette ligue est de favoriser les gros d’Europe. En effet, le format prévu de 32 équipes réparties en 4 poules de 8 permettra à 24 équipes d’avoir une place permanente dans cette compétition basée sur leurs résultats lors des 4 dernières saisons de Champions League avant 2020-2021. 8 places seulement seront ouvertes chaque année : 4 pour les 4 demi-finalistes de la Ligue Europa, 4 pour les vainqueurs de ligues mineures (encore à établir). Dans chaque poule, les 6 premiers seront qualifiés pour la prochaine édition de la Champions League mais seul les 4 premiers accéderont au tour suivant de la compétition en match à élimination direct tandis que le 5ème et le 6ème seraient relégués en Europa League. Un système qui permet aux plus forts de rester les plus forts mais qui signifie qu’il faut être très compétitif et au meilleur de sa forme lors des 14 matchs de la phase de poule (vs 6 actuellement). Les meilleurs effectifs seront donc alignés pour être sûrs de ne pas perdre sa place et logiquement, cela devrait impacter le spectacle des ligues domestiques.

… mais qui est un argument pour développer la formation des joueurs

Alors que le mercato 2023 devrait être très animé afin de se constituer la meilleure équipe possible pour être le plus compétitif en Champions League et préserver sa place dans cette ligue semi-fermée, cette obligation de compétitivité inquiète les ligues domestiques. Si les clubs alignent leurs meilleurs joueurs en Champions League, continueront-ils à les faire jouer dans leur championnat domestique ? Pas sûr. Un joueur de football est humain, non un robot, et la multiplication des matchs va être compliquée. 8 matchs en plus rien qu’en phase de poule ajouté au championnat, aux coupes, aux matchs internationaux… C’est entre 70 et 80 matchs que pourrait jouer un joueur international. Verrons-nous des effectifs B alignés en championnat ? La réponse est fort probable mais cela rendra-t-il service aux championnats domestiques ? Peu probable. Sans ses stars et ses gros noms, l’enjeu est moindre, les droits TV également et surtout, les adversaires seront donc négligés et pris de haut car on considérera qu’ils n’affronteront pas la « vraie » équipe du club. Le seul bon point sera de développer encore plus la formation pour accompagner l’éclosion de jeunes joueurs qui brilleront en championnat avant, sur le long terme, d’accéder aux matchs de cette ligue semi-fermée.

Des revenus qui seraient en hausse…

Alors pourquoi soudainement l’UEFA propose une réforme ? Pour gagner plus d’argent. Cela a été la même chose avec la Ligue des Nations. Pourquoi laisser les revenus de matchs amicaux aux fédérations quand on peut leur imposer une nouvelle compétition et en tirer des droits marketing, des revenus de billetteries et des droits TV ? Avec cette réforme, l’UEFA veut rendre encore plus compétitive et élitiste la Champions League pour que ses revenus s’accroissent. Augmenter ses droits marketing avec des packages sponsors de plus en plus élevés, permettre aux équipes de jouer plus de matchs donc obtenir plus de revenus de billetterie et de match day, vendre plus chers les droits d’une compétition qui regroupe les plus grandes stars de la planète. On parle ici de 900M€ de droits TV par saison, un record. Entre 40 et 50M€ en plus par saison pour les clubs.

… tout comme le nombre de matchs joués

Il n’y aura pas qu’une augmentation de revenus au programme mais aussi de matchs. Comme dit précédemment, de 6 matchs de poule actuellement on passerait à 14. 70 à 80 matchs prévus pour un joueur international par an. Une Champions League déplacée au week-end qui forcerait à jouer les championnats domestiques en semaine, sans oublier les coupes nationales. Sur 40 week-ends actuellement, l’UEFA permettrait aux championnats domestiques d’en utiliser que 20 en les obligeant ainsi à devoir trouver des dates en semaine pour organiser leurs compétitions. Il y a donc une nouvelle question qui se pose avec cette réforme : faut-il aussi réformer les championnats domestiques ?

Une réforme des ligues domestiques dans le viseur

20 week-ends en moins par saison, des effectifs B en championnat, des droits TV qui vont forcément en pâtir… Vous vous demandez encore pourquoi les championnats domestiques râlent ? Beaucoup de questions se posent sur le format actuel de la Ligue 1 Conforama par exemple. Faut-il passer de 20 à 16 équipes ? Supprimer une Coupe entre la Coupe de France et la Coupe de la Ligue ? Instaurer une Ligue 3 pour mieux équilibrer la répartition des clubs et pour éviter de retrouver des équipes de milieu de tableau de Domino’s Ligue 2 à être relégué et jouer face à des réserves d’équipes de Ligue 1 Conforama qui jouent déjà en Nationale 2 aujourd’hui ? Les dirigeants du football français sont contres cette réforme et menaçaient même de supprimer des revenus de droits TV aux clubs participants à la Champions League pour équilibrer la répartition des revenus. Une autre question se pose également c’est la dépendance des clubs français à ces droits TV alors que d’autres championnats ont réussi à équilibrer leurs comptes grâce aux droits marketing. Beaucoup de questions se posent et restent en suspens mais que ce soit la LFP ou La Liga, les voyants sont au rouge. En Allemagne on sait qu’il faut une réforme et on est prêt à discuter.

Du coup, moi en tant que fan de football, la question principale que je me pose est : est-ce que cette réforme est en faveur du football et des supporters ou en faveur du business et des revenus de l’UEFA ? La réponse est limpide et ce n’est donc pas le principe de faire une réforme qui me dérange mais celui d’en faire une qui ne sert pas les bons intérêts. On supprime ici tout ce qui fait de la Champions League une compétition si spéciale à savoir son imprévue, son mérite et sa diversité.

La nation des matches aller

Si la campagne européenne 2018-2019 nous aura appris quelque chose, c’est que nous sommes la nation des matches aller. Nous sommes certes Champions du Monde mais nous sommes aussi la France, un pays où des clubs marquent 3 buts à l’aller et s’en prennent 3 (ou plus) au retour. Est-ce que ça reflète le fait que les français sont trop sûrs d’eux, qu’ils prennent les choses pour acquis, qu’ils ne supportent pas la pression ? Je ne sais pas. Ça reflète surtout que notre indice UEFA va en prendre pour son grade en restant bloqué à 10,583 au plaisir des clubs anglais qui affichent 6 clubs en quart de finale de coupe d’Europe, à un club du record de l’Espagne qui avait 7 clubs en quart de coupe d’Europe en 2000-2001. 

Si on m’avait dit le 17 décembre dernier qu’il n’y aurait plus le Bayern, plus le PSG, plus le Real et plus Dortmund le 14 mars prochain en Champions League, j’aurai ri. Un rire moqueur et humiliant pour dire à mon interlocuteur qu’il n’y connaît rien au football. Ou plutôt avec du recul que si, lui est plus réaliste que moi. On prend toujours le football pour acquis, les statistiques pour acquis mais ça fait 3 ans que le PSG fait de déjouer les statistiques d’Opta son combat. 100% des équipes qui avaient gagné 2-0 à l’aller en sortie de poule s’étaient qualifiées pour les 1/4 … sauf le PSG. 100% des équipes qui mènent à l’aller 4-0 n’ont jamais été rattrapé… sauf le PSG.  Bref, la qualification est réalisable sauf si tu t’appelles le PSG. 

L’arrivée de la VAR à partir de ces huitièmes ne se sera pas attirée que des copains. Entre le pénalty concédé dans les dernières minutes du match retour au Parc pour une main involontaire de Kimpembe et celui, complètement imaginaire, que le Barça récolte à domicile au début du match retour avec Suarez, ça râle ça râle. Il faut dire que la technologie n’a pas la science infuse et donc parfois la technologie ne marche pas mais les arbitres ont une fâcheuse tendance à être plus clément dans ces cas-là comme accorder un pénalty parce que la technologie n’a pas marché. Ces histoires me rappellent quelque peu les problèmes avec la goal-line technology qui ne signalait pas toujours les buts ou qui parfois vibrait sans raison. On se souvient bien d’ailleurs, début 2018, comment la LFP avait décidé de suspendre son accord avec Goal Control après de nombreuses défaillances du système avec les caméras qui perdaient le ballon et le fait qu’on pouvait faire vibrer la montre manuellement si on avait un doute. Là où je suis de plus en plus surprise c’est qu’en mettant de plus en plus d’arbitres on assiste toujours à des erreurs qui changent complètement la physionomie d’un match au plus haut niveau européen. Quand on sait ce qu’un but peut représenter en terme financier pour un club à ce stade-là, c’est presque cruel de se dire que ces millions se jouent à une VAR fonctionnelle ou non. 

Mais c’est aussi ça la magie du football et c’est aussi pour ces coups de gueule que journée après journée, on regarde ces matchs. On regarde du football parce qu’on veut que notre équipe gagne mais on regarde aussi le football en attendant la première faute, la première polémique qui animera les foules, qu’on pourra commenter et qui sera notre excuse pour justifier la défaite. On suit les parcours en coupe d’Europe le cœur remplit d’espoir, avec cette envie d’y croire tout en sachant qu’on vit quelque chose d’exceptionnel que tout supporter ne vivra pas et qu’il faut profiter de ces instants. Le football n’est pas parfait et c’est pour ça qu’on l’aime. Si tous les joueurs réussissaient leurs passes, si chaque coup franc étant rentrant alors ce sport n’aurait plus aucun intérêt. Être passionné de football, c’est entretenir une relation amour-haine avec un sport qui tantôt vous procure une joie immense, tantôt vous envahit de désespoir. 

Alors oui, l’Europe a éjecté momentanément le drapeau bleu-blanc-rouge mais ça n’enlève rien au fait que la saison prochaine, à notre retour, on continuera à râler contre l’arbitrage, contre la VAR, contre les contre-performances et les statistiques déjouées parce que vous savez quoi, je crois qu’on aime ça et qu’à défaut de gagner en coupe d’Europe, râler est dans l’ADN des clubs français.