Vie de déconfinée

Voilà pratiquement une semaine que nous sommes déconfinés et de vous à moi, mes vies de confinée et de déconfinée ont plus de points communs que deux vrais jumeaux qui partagent le même ADN. 

Contrairement à ceux qui ont déjà organisé les apéros, replanifié les rendez-vous loupés ces deux derniers mois ou encore prévu d’être à 9h devant chez Zara lundi matin, je n’avais rien prévu de plus que ce que j’avais l’habitude de faire ces huit dernières semaines. A l’agenda on comptait une sortie pour faire les courses et une autre pour passer à La Poste. Le seul changement a donc été de ne pas à avoir à faire d’attestation de sortie et de porter un masque qui est obligatoire pour entrer dans la plupart des espaces confinés.

On ne va pas tourner autour du pot très longtemps, le masque ça nous protège et il faut le porter (surtout si vous ne voulez pas être regardé de travers par tous les autres individus de notre société) mais ce n’est pas l’objet le plus pratique conçu sur cette Terre. 

Pour commencer, si vous portez des lunettes comme moi, vous avez fait l’expérience de la buée permanente sur vos verres et excepté compatir, je ne peux pas faire grand chose pour vous. Ensuite, vous n’avez pas pu passer à côté de cette impression de suffoquer derrière votre petit bout de tissu à force d’expirer de l’air chaud qui reste dans votre masque et que vous réinspirez continuellement. D’ailleurs si j’ai un peu suivi en SVT, ça veut dire qu’on réinspire le CO2 dont nos cellules essaient de se débarrasser non ? Je vous laisse méditer là-dessus… Enfin, problème de riche je sais bien mais, le Face ID de l’iPhone a perdu toute son utilité. Il faut à présent taper son code or avec de la buée plein les lunettes, pour une fois ça aurait été bien utile de déverrouiller son portable d’un sourire.

Ne me méprenez pas, lister ces défauts n’est pas une raison pour ne pas porter votre masque. C’est un outil indispensable, obligatoire, fondamental, primordial et j’en passe pour protéger les autres et vous ne devriez pas le négliger (en le portant sous votre nez par exemple).

Autre nouveauté de cette semaine que j’avais arrêté d’expérimenter depuis le 11 mars : regarder un match de football. 

Dans un monde sans pandémie il était prévu que je me rende au Parc des Princes hier soir, à l’occasion du dernier match du PSG à domicile cette saison et de la remise du trophée de champions. Mais nous sommes dans un monde avec pandémie alors je me suis rabattue sur la reprise de la Bundesliga et plus spécifiquement, le derby de la Ruhr.

Je ne suis pas là pour donner mon avis sur si c’est prudent ou non de reprendre une compétition sportive néanmoins, croyez-moi, regarder un match de football dans les conditions de notre monde actuel est une expérience surprenante. Au début je pensais ressentir un sentiment de bonheur et de complétude, le même que vous ressentez quand vous retrouvez un être cher mais avant de ressentir cela, il a fallu que je me fasse à l’idée que je regardais un football aseptisé et différent de celui que j’ai l’habitude de mater le dimanche soir.

Les 20 premières minutes, il faut vous familiariser avec l’environnement. Pas de supporters dans les tribunes, les plans sur les remplaçants les montrent éloignés et masqués, pas de poignées de main, un arbitre qui fait à pile ou face en prenant ses précautions… Et puis très vite arrive le premier corner et quand vous voyez tous ces joueurs relativement serrés dans la surface près à sauter pour positionner leur tête, vous vous dites que ça y est, votre football est de retour. En voyant cette scène, vous saute aux yeux le contraste entre l’environnement hors pelouse, surprotégé et veillant au protocole, et l’environnement sur la pelouse, sous protégé avec un football qui reprend tout simplement ses droits. Cela vous fait vous demander si c’est bien utile finalement de faire porter un masque à un joueur remplaçant qui rentrera à la 68ème et qui se retrouvera lui aussi collé aux autres dans cette surface de réparation lors d’un prochain corner. 

Ce qui est rassurant, c’est que votre language des soirs de match retrouve lui aussi sa place comme s’il ne vous avait jamais quitté. Vous voilà à nouveau à râler sur les corners joués à deux, à encourager celui qui ose partir en contre à base de « cours Forrest, cours !», à souffler quand l’arbitre fait le signe de la VAR, à élever la voix pour dire à un joueur d’arrêter de parler à l’arbitre, à presser un joueur de tirer son coup franc… C’est comme le vélo, commenter un match en vous prenant pour Grégoire Margotton ça ne s’oublie pas (même si Grégoire Margotton ne râle pas beaucoup lui).

Il reste quand même une chose qui ne change pas au fil des minutes, qui ne devient pas meilleure avec le temps, c’est le silence. Ces tribunes vides font résonner les consignes des entraîneurs malgré leur masque sur le visage et sont là pour nous rappeler que même si les tacles ont repris, il y a quelque chose qui cloche. Sans chant, sans tifo, sans animation, la dimension spectacle et divertissement propre à ces sports déchaînant les foules s’efface pour laisser place à la triste impression de regarder un match de tennis où la seule réaction tolérée est lorsqu’un point est marqué. Loin de moi l’idée de dire que le tennis est triste à regarder, j’aurai aussi pu prendre l’exemple du billard, juste que si je regarde du football, c’est aussi pour son ambiance et que si je regarde du tennis, c’est surtout pour le coup droit de Nadal parce qu’excepté si je suis au Mutua Open à Madrid, il y a vraiment peu de chance pour que se lance une ola et des acclamations « Rafa, Rafa, Rafa » dans les tribunes du court. Dans le football, l’ambiance et l’animation des tribunes contribuent à 50% de la rencontre à laquelle vous assistez.

C’est bien de voir un peu de football comme c’est bien de pouvoir sortir sans attestation mais ce sera quand même sacrément génial quand on retrouvera des stades de football remplis et qu’on pourra faire ses courses sans masque sur le nez.

D’ici là, prenez soin de vous et sortez couvert.

Rompre avec ses amis

Oui le titre de cet article est bizarre.
Oui je reviens encore une fois venue de nulle part.
Oui je devrais faire autre chose au moment même où j’écris ces lignes.
Oui, oui et oui, je sais tout ça mais je crois aussi qu’écrire ce qui se passe dans ma vie, écrire ces décisions douloureuses m’aideront à tourner la dernière page de ces mésaventures.

Pendant très longtemps, j’ai cru que l’amitié c’était faire des concessions pour les autres et être la meilleure amie possible, présente, avenante, conciliante. Par peur de me retrouver seule, je constate que j’ai beaucoup donné, beaucoup arrangé, beaucoup sacrifié. Par peur de me retrouver seule, j’ai pensé aux autres avant moi mais ça c’est comme dans toute histoire de couple : pas possible. Dans une relation entre deux personnes, il n’est pas possible que l’un prenne le dessus sur l’autre, ce n’est pas sain. Pour vivre une relation épanouie, il faut que chacun ait sa place et trouver un équilibre. Avec du recul, je me rends compte que je n’ai jamais instauré ça dans mes amitiés passées et j’essaye à présent de rétablir cet équilibre pour que tout le monde s’en porte mieux.

Avant j’étais la première à envoyer un texto, j’étais l’amie demandeuse, l’amie qui s’arrange pour que l’autre fasse le moins de chemin, pour avancer l’argent même si on mettait un mois à rembourser, pour être là, tout le temps. J’étais sûrement une amie un peu étouffante même. Je me rends compte maintenant que j’en ai souffert parce qu’il n’y avait pas besoin d’être cette amie là tout le temps. J’attendais l’autre, peinée sans réponse alors que non, il n’y avait pas besoin d’attendre l’autre à ce moment. L’autre, je le verrai le lendemain et rien aurait changé.

Par peur de me retrouver seule, j’étais aussi l’amie qui évitait le conflit. J’avais du mal à percer les abcès, à dire quand ça n’allait pas, à faire des reproches. J’imaginais qu’à la première dispute, j’allais perdre mes amis. Au lycée ça aurait sûrement été le cas, aujourd’hui non. Alors ce n’est pas agréable de reprocher des choses à quelqu’un mais c’est comme ça qu’une relation évolue. C’est aussi comme ça qu’on se rend compte des amis qu’on veut garder.

Récemment, j’ai eu des conflits avec deux amis. Dans le premier cas, ça n’a pas du tout été agréable de dire à cette personne ce que je pensais mais on s’est dit qu’il fallait qu’on discute et mette cartes sur table, qu’on se dise où on était dans nos vies et vers où on souhaitait avancer pour savoir si on souhaitait toujours que l’autre partage notre vie. Comme deux grandes personnes on a discuté et ça a été tendu mais on est ressorti de cette conversation grandit et on s’est dit que notre amitié valait la peine qu’on se batte pour régler nos conflits. Dans le deuxième cas, rien a priori laissait entrevoir un conflit avec cette personne mais il a fallu que d’une conversation glaciale basée sur un malentendu pour que du jour au lendemain un gouffre s’installe et que d’autres personnes décident aussi d’instaurer un gouffre sans pour être autant être sujet du conflit. Depuis ce jour, ces personnes ont décidé d’éviter la conversation, préférant parler derrière le dos des autres et alors qu’il y a quelques mois, j’aurai dit que je me serai battue pour garder ces amis-là que je m’obstinais de garder dans mon entourage malgré l’éloignement qui s’installait, aujourd’hui je me porte mieux sans.

Ces deux histoires qui se sont déroulées à peu près à la même période m’ont aidé à me rendre compte que ce n’est pas si grave de perdre des amis si on se rend compte qu’il n’y a pas de solution pour sauver la relation. Oui, on peut décider de rompre avec ses amis, on peut se rendre compte qu’on n’a plus rien en commun et qu’il vaut mieux laisser l’autre faire sa vie. Alors bien sûr ce n’est pas une décision facile à prendre et au début c’est effrayant parce qu’on a peur de perdre ses souvenirs et parce que ça fait mal de se séparer de quelqu’un mais comme dans toute histoire d’amour, il vaut mieux se dire au revoir à temps que se détruire et garder que du négatif d’une relation.

J’avais peur de me retrouver seule parce que la gamine de 16 ans que j’ai été n’avait pas toutes les échappatoires et les nouvelles rencontres qu’elle a aujourd’hui. Pendant trop longtemps, je suis restée figée dans ce mood de jeune adulte qui débarque dans la vraie vie et qui ,par peur d’être trop chamboulée, s’attache à des personnes qui lui apporte un environnement familier et confortable dans lequel elle a des repères. Moralité : être bousculée ce n’est pas si mal et vouloir sauver ce qui est déjà en train de couler, c’est perdre de l’énergie qu’on pourrait mettre ailleurs.

Aujourd’hui je n’ai plus peur d’être seule. Je vois mes amis quand j’ai envie, je les sollicite si j’ai envie, je planifie les choses pour voir des personnes différentes régulièrement et pas 3 fois la même personne en 10 jours, je prends des nouvelles et si on ne me répond pas tant pis. J’ai même instauré le dîner du jeudi.

Les amis d’hier ne seront pas ceux de demain et je me suis fait une raison. Je leur souhaite le meilleur mais un meilleur loin de moi parce qu’on n’a plus rien de bon à s’apporter. Je pense d’ailleurs que c’est un acte de bienveillance de rompre avec ses amis, c’est leur dire que malgré les bons moments passés ensemble, aujourd’hui ils méritent de trouver d’autres amis avec qui ils partageront davantage.

Ces dernières semaines, j’ai décidé de rompre avec des amis et même si ce n’est toujours pas simple à accepter, je sais que c’est la meilleure des décisions. Aujourd’hui je sais que j’ai de la chance d’être entourée des amis que j’ai, d’avoir une meilleure amie depuis 22 ans, d’avoir des amis de 60 ans qui me partagent leurs expériences sur la vie, d’avoir des amis de cultures différentes qui m’ouvrent sur la société, d’avoir des amis du collège et du lycée mais aussi des amis rencontrés il y a 2 ans. L’amitié, la vraie amitié, est tellement rare à trouver qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné. On dit toujours que les personnes qu’on peut appeler à n’importe quelle heure pour n’importe quel problème se comptent sur les doigts des deux mains et c’est vrai.

Ne culpabilisons de dire au revoir à certaines personnes, rendons-nous plutôt compte que celles qui restent sont précieuses.